Notre histoire démarre avec un marinier, Jean MULARD(II), né vers 1650 à Cayeux-sur-mer. Il est le fils de Jean dit l'ancien(I) et de Jeanne BADRINNE.

Adulte il est marinier à Ault.


Aparte sur le métier de Marinier : l’homme du transport :

Un marinier, c’est avant tout un transporteur par eau.

Ce qu’il fait

Son métier est lié au commerce et à la circulation des biens, pas à la prise de poisson.

Statut social

Jean Mulard (II) – Marinier à Ault #IA

Le 3 juin 1685 à Ault, il a épousé Jeanne LAFITTE

Sur l'acte de mariage ils ont déclaré ne pas savoir signer.

Jeanne et Jean(II) au coin du feu #IA

Ils eurent au moins un fils prénommé également Jean (III) (1684-1764)

Jean (III): Né en 1684 et mort en 1764 .

Jean s'est marié le 17 janvier 1710 avec Jeanne PONTHIEU.

Il eurent au moins quatre enfants : Marie-Jeanne (1711-), Jean (1713-1713), Jean (IV) (1715-1782) et Antoine (1718-1794) Mais Jeanne décèdera en 1725 à l'âge de 48ans.

Jean rencontra alors Marie FROUET et ils migrèrent à Calais où il se marièrent le 14 Août 1729.

Sur cet acte de mariage, à Calais donc, il est indiqué que Jean MULARD est bien le veuf de Jeanne PONTHIEU


Aparte sur l'hypothèse de la migration de la famille Mulard vers Calais :

Les éléments réunis permettent aujourd’hui de formuler une hypothèse solide concernant la migration de la famille Mulard de Cayeux-sur-Mer vers Calais dans le premier tiers du XVIIIᵉ siècle.

Jean Mulard, né le 23 mai 1684, est établi à Cayeux-sur-Mer lorsqu’il épouse en 1710 Jeanne Ponthieu. Le couple y vit au moins jusqu’en 1725, date à laquelle Jeanne est inhumée à Cayeux le 2 avril. Ce décès constitue très probablement un moment de rupture dans la trajectoire familiale.

Quatre ans plus tard, le 14 août 1729, Jean Mulard se remarie à Calais avec Marie Frouet, native elle aussi de Cayeux-sur-Mer (née le 21 septembre 1702). L’acte précise explicitement qu’il est veuf de Jeanne Ponthieu décédée à Cayeux-en-Picardie. Cette mention confirme que Jean a quitté son port d’origine après 1725 et s’est installé à Calais avant 1729.

L’ensemble de ces éléments permet de situer la migration de la famille Mulard entre 1725 et 1729, probablement dans les années qui suivent immédiatement le décès de Jeanne Ponthieu. Le remariage de Jean à Calais semble avoir joué un rôle déterminant dans cette installation durable.

D’un point de vue social et économique, cette migration apparaît cohérente. Cayeux-sur-Mer est alors un port de pêche modeste, tandis que Calais constitue un centre maritime plus actif, offrant davantage d’opportunités pour un marin ou matelot. Le passage d’un petit port picard à un port stratégique du littoral nord s’inscrit dans une logique d’amélioration des perspectives professionnelles.

Ainsi, la migration vers Calais ne relève pas d’un déplacement fortuit, mais semble correspondre à un tournant familial, à la fois personnel (veuvage et remariage) et professionnel (intégration dans un port plus important), marquant le début d’un ancrage durable de la lignée Mulard dans la ville de Calais.


Jean (IV) et Jeanne eurent au moins neuf enfants : Marie-Cécile (1730-1731), Thomas (1732-1777), Marie Francoise (1734-1734), Antoine (1737-1737), Adrien (1738-1755), Marie Jeanne (1739-1818), Marie Anne (1741-1815), Antoine (1745-1748), Jean (1747-1781)

Leur première fille, Marie-Cécile, baptisée en octobre 1730 à Notre-Dame de Calais, ne survécut que quelques mois. Elle fut inhumée le 17 mai 1731. Comme tant d’enfants de son époque, elle n’eut qu’un bref passage dans les registres et dans la vie.

Puis viendra Thomas en 1932 dont voici l'acte de naissance :

Le parrain de leur fils Thomas, baptisé en 1732, s’appelait Thomas Godde. Deux ans plus tard, le registre de Notre-Dame mentionne sa mort, avec ces mots simples : “noyé en mer”. À Calais, la mer n’était pas seulement un horizon ; elle était un risque quotidien.

Marie-Françoise, née en avril 1734, ne vécut que six jours. Son nom apparaît brièvement dans le registre, entre son baptême et son inhumation. Comme beaucoup d’enfants de son époque, elle ne laissa qu’une trace d’encre dans les archives.

Antoine, le fils aîné du premier mariage, avait accepté d’être parrain du nouveau-né qui portait son prénom. L’honneur fut bref. Deux mois plus tard, il accompagna au cimetière un enfant qui portait son prénom.

Adrien nait en Novembre 1738, Jean (IV) le père a 54 ans et sa femme 36.

Malgré les deuils répétés, Jean et Marie poursuivirent leur vie familiale. Chaque naissance était une espérance, chaque perte un silence, mais jamais un renoncement.

Le dernier enfant de la lignée s'appellera Jean (V) et naitra en 1747, le père avait 63 ans.

Quelle vie il a eu ce Jean Mulard ! Après un premier mariage à Cayeux avec 4 enfants et le décès de sa femme, il migre à Calais, se remarie et a neuf enfants. Il est passé de marinier à mâtelot dans un grand port de commerce. Il a ancré la dynastie à Calais.

A l'heure du départ, quand les adieux sont lourds #IA

Le 24 février 1764 à l'âge étonnant de 80 ans, Jean Mulard s'éteint. Son épouse vivra encore 21 ans et mourra, quant à elle, à l'âge record de 90 ans, le 13 février 1785.

Antoine : Né en 1718 et mort en 1802

Né à Cayeux-sur-Mer du premier mariage de son père, il l'accompagna dans sa migration à Calais alors qu'il avait entre 8 et 14 ans.

Il se maria à l'âge de 20 ans avec Marie Jeanne DEMOY à Calais.

Son métier est Navigateur, ses deux témoins Jean Mulard Père et Jean Mulard Frère.

Personne ne sait encore signer, par contre le curé adopte enfin la graphie avec un d en fin de nom.

Ils eurent au moins 9 enfants : Marie Jeanne (1739-1818), Antoine (1742-1742) mort à 3 jours, Jacques (1744-1784), Pierre Antoine (1747-1828), Marie Marguerite (1749-1749) morte à 4 semaines, Jeanne (1750-1829), Marie Madeleine (1752-1753) morte à 5 mois, Marie Antoinette (1754-), Jean (VI) (1757-1766).

A noter que sur l'acte de naissance de Marie-Madeleine ci-dessous, Antoine est noté comme Maître Pêcheur.

C'est un notion importante qui le différentie d'un pêcheur :

Un pêcheur, c’est :

Il vit de la mer, mais il n’en dirige pas l’activité.

C’est un métier dur, mais pas forcément un statut dirigeant.

Un maître pêcheur, c’est autre chose.

Le mot “maître” signifie :

Il :

Autrement dit :

C’est un patron.

L'acte de naissance de Marie Madeleine

A noter également que le parrain est l'aubergiste du coin, cela signifie qu'Antoine est inséré dans le réseau économique local, il est respecté et possède un réseau social qui va au delà de la pêche.

La petite Marie-Madeleine Genevieve ne vécut que 5 mois.

Antoine, maître-pêcheur au commande de la Marie-Jeanne en 1750 #IA

Antoine MULARD, une sacrée existence !

De Cayeux à Calais, l’ancrage d’une lignée

Né en 1718 à Cayeux-sur-Mer, fils d’un premier mariage de Jean Mulard et de Jeanne Ponthieu, Antoine appartient d’emblée à un monde façonné par la mer. Son enfance est picarde, rythmée par les vents du large et les départs d’embarcations sur l’horizon gris de la Manche.

Mais son destin ne se limite pas au rivage natal.

Après le décès de sa mère, son père quitte Cayeux et s’installe à Calais. Antoine suit ce mouvement. Il n’est encore qu’un jeune homme lorsqu’il s’ancre dans cette nouvelle ville portuaire. Là, il se marie, fonde un foyer avec Marie-Jeanne Demoy et participe pleinement à la vie maritime calaisienne.

Au fil des actes, son statut évolue : d’abord pêcheur, il devient maître-pêcheur. Ce mot n’est pas anodin. Il signifie responsabilité, autorité, reconnaissance professionnelle. Il commande, il décide, il assume les risques de la mer et ceux du commerce. Il n’est plus simplement embarqué ; il dirige.

Sa vie est traversée par les joies et les drames ordinaires du XVIIIᵉ siècle : de nombreux enfants naissent, plusieurs meurent en bas âge. Il connaît les deuils silencieux que les registres consignent en quelques lignes sèches. Pourtant, il avance. Toujours.

Antoine aura vécu 85 ans. Il naît sous Louis XV et meurt le 1er décembre 1802, sous le Consulat. Entre ces deux dates, il aura connu l’Ancien Régime, la Révolution et la transformation profonde du pays. Mais à Calais, au cœur du port, sa trajectoire reste celle d’un homme de mer : travail, constance, transmission.

À sa mort, il laisse derrière lui bien plus qu’un nom dans un registre. Il laisse une implantation durable, une intégration réussie dans le tissu social calaisien, et une descendance qui perpétue son empreinte.

Son histoire n’est pas celle d’un grand personnage, mais celle d’un homme solide. Un homme qui a quitté son lieu de naissance, s’est établi ailleurs, a gagné sa place et l’a transmise.

Et, quelque part, une part de lui continue de vivre dans le sang de ses descendants.

Et son épouse Marie-Jeanne DEMOY

Marie-Jeanne – Femme de marin #IA

La force tranquille d’une femme de mer

Marie-Jeanne Demoy naît vers 1716. Elle épouse Antoine Mulard à Calais et entre ainsi dans une famille de marins. Elle ne quitte plus ce monde fait d’attente, de départs à l’aube, de retours incertains, de filets à raccommoder et de comptes à équilibrer.

Elle n’est pas qualifiée “maître” dans les registres. Mais sans elle, aucun maître pêcheur ne tient longtemps.

Elle donne naissance à de nombreux enfants. Plusieurs meurent en bas âge. Chaque deuil est consigné en quelques lignes sèches, mais derrière ces lignes il y a des nuits sans sommeil, des berceaux vides, des prénoms redonnés.

Elle traverse le XVIIIᵉ siècle tout entier.

Elle connaît l’Ancien Régime, la Révolution, la fin des corporations, le bouleversement des structures sociales. Elle voit disparaître son mari en 1802 après 85 années de vie. Elle reste.

Le 7 décembre 1809, elle meurt à l’âge de 93 ans.

93 ans.

Une longévité exceptionnelle pour une femme née sous Louis XV.

Elle aura connu :

Mais surtout, elle aura été le pilier silencieux d’une lignée maritime solidement implantée à Calais.

On connaît les maîtres pêcheurs parce que leur titre est écrit. On devine les femmes parce que leur force ne l’est pas.

Marie-Jeanne n’a pas laissé de signature célèbre. Elle a laissé une descendance.

Et dans chaque génération suivante, il y a un peu de sa ténacité.

Pierre Antoine : Né en 1747 et mort en 1828

Il se marie le 2 juillet 1770 avec Marie Françoise BODO ou BODOT ou BEAUDOT (La graphie variera

On remarque que Pierre Antoine n'est encore que Matelot-Pêcheur (Il est noté fils mineur car la majorité est à 25 ans et là il n'en a que 23)

Les signatures sont encore hésitantes et la graphie fluctuante.

Ils auront au moins 10 enfants : Marie Françoise (1770-1853), Pierre François (1772-), Jean François (1774-1797), Jacques (1775-1838), Jacques Antoine (1777-1842), Anne Marie (1778-1778), Eleonor (1784-1859), Achille (1786-1787), Jeanne (1787-1787), Achille (1788-1788)

Dans les actes de naissance Pierre Antoine est notifié dorénavant comme Maître pêcheur.

Leur première fille Marie Françoise naîtra 5 mois après le mariage.

Les trois derniers enfants sont morts en bas âge.

On reparlera un peu plus tard de la descendance de Jacques, mais là on se concentrera sur son frère Jacques Antoine celui dont la lignée nous interesse.

Pierre Antoine s'éteint en 1828, arrêtons-nous sur son acte de décès :

Il est mort à 81 ans, son métier est déclaré comme marin, les deux témoins ont comme métier, voilier et marin. Il est veuf de Marie Françoise Bodo depuis une vingtaine d'années et il est domicilié au numéro 22 de la quatrième rue du courgain.

Le petit Courgain (ou le Courgain Maritime comme il sera appelé vers le 19ème siècle) est historiquement le quartier proche du port où vivaient pêcheurs et marins, distinct de la ville fortifiée. C’était un tissu urbain dense de petites rues qui donnaient directement vers les quais et le bassin du Paradis.

Nota : Le nom « bassin du Paradis » a sans doute pour origine que c'est un endroit protégé des marées, de la houle et des tempêtes.

Jacques Antoine : Né en 1777 et mort en 1842

Les mariages au sein du Courgain maritime

Au XVIIIᵉ siècle, le quartier du Courgain maritime de Calais constitue une communauté très particulière. Ce petit monde de pêcheurs, de pilotes et de navigateurs forme un groupe social soudé, dont les familles vivent presque exclusivement tournées vers la mer. Dans ce contexte, il n’est pas rare de voir les mêmes patronymes se croiser et se recroiser au fil des générations : Mulard, Lelong, Delpierre, Rivet, Gaudouin, ou encore Fourmentin. Les mariages entre familles du même milieu y sont fréquents et répondent à une logique à la fois sociale et professionnelle.

La vie maritime impose en effet des contraintes fortes. Les hommes partent souvent en mer pendant de longues périodes, et les familles restées à terre doivent pouvoir compter sur un réseau de solidarité. Se marier au sein du même quartier et du même métier permet de maintenir cette cohésion : les familles se connaissent, partagent les mêmes risques, les mêmes rythmes de travail et les mêmes habitudes de vie. Les unions entre familles de pêcheurs ou de marins assurent aussi la transmission d’un savoir-faire propre au monde maritime.

Dans ce milieu, l’apprentissage passe avant tout par l’expérience et la pratique. Les jeunes garçons grandissent au contact des bateaux, des filets et des marées. Ils apprennent très tôt les gestes du métier auprès de leur père, d’un oncle ou d’un voisin. Le degré d’instruction scolaire reste souvent limité, et beaucoup d’hommes ne savent pas signer les actes paroissiaux. Cela ne traduit pas un manque d’intelligence ou de capacité, mais simplement une autre forme de compétence : la connaissance des vents, des courants, des bancs de sable et des techniques de pêche constitue un savoir essentiel, transmis de génération en génération.

Ainsi, dans le Courgain maritime, l’identité familiale et l’identité professionnelle se confondent largement. Les alliances répétées entre quelques familles témoignent moins d’un repli que d’un mode de vie partagé, fondé sur la mer, la solidarité du quartier et la continuité des traditions maritimes.

En parcourant les registres de Notre-Dame de Calais, on est frappé de voir les mêmes noms se retrouver comme époux, parrains ou témoins. Cette répétition n’est pas le fruit du hasard : elle reflète la structure même du Courgain maritime, où la mer façonne à la fois les métiers, les solidarités et les alliances familiales.

Jacques Antoine épousera Marie Jeanne DELPIERRE en 1806 et ils auront au moins 10 enfants

Jacques Antoine (1807-1810) mort à trois ans, Charles (1809-1809) mort à 8 jours, Marie Françoise (1812-1832) morte à 19 ans, Marie Philippine (1815-), Antoine Eléonor (1816-1818) mort à 18 mois, Antoine Gabriel (1818-1820) mort à 22 mois, Louis (1820-1820) mort à quatorze jours, François Antoine (1821-1854), Antoine Louis (1823-1885), Antoine Philippe (1826-1828) mort à 18 mois.

Aparte sur la mortalité : Pendant des siècles, les gens ne comprenaient pas vraiment pourquoi les enfants mouraient. On pensait à la fatalité, aux « mauvaises humeurs », aux miasmes mais pas aux microbes.

Puis plusieurs changements majeurs vont transformer la situation :

Les découvertes scientifiques :

Avec Louis Pasteur au milieu du XIXᵉ siècle, on découvre que beaucoup de maladies sont causées par des micro-organismes. Cela va mener :

Les vaccins :

L’idée existait déjà avec Edward Jenner pour la variole, mais au XIXᵉ siècle la vaccination se développe et protège progressivement les enfants contre plusieurs maladies mortelles.

L’hygiène publique :

C’est un autre tournant énorme :

Des médecins comme Ignaz Semmelweis vont montrer que se laver les mains réduit dramatiquement la mortalité des mères et des nourrissons.

Le résultat :

Entre 1800 et 1900, la mortalité infantile en Europe chute progressivement. Ce qui était presque « normal » — perdre un ou plusieurs enfants — devient de plus en plus rare.

Voici l'acte de décès de Marie Françoise :

On y voit que la mère et la fille ont Pêcheur comme métier, ce qui peut recouvrir la vente et la préparation de poissons, la réparation des filets, ou la pêche cotière. La famille habite au 63 de la deuxième rue du Courgain.

Marie-Jeanne mourra en 1841 à l'âge de 58 ans, Jacques Antoine la suivra l'année suivante.à l'age de 65 ans

François Antoine [1] : Né en 1821 et mort en 1854

La signature du père est brouillone mais elle a le mérite d'exister.

François Antoine s'est marié le 5 janvier 1847 avec Marguerite ACARY.

Dans l'acte, François Antoine est nommé comme étant Marin.

Contrairement à la mariée et la mère de la mariée lui maîtrise la signature et se permet même une petite arabesque.

Ils n'ont eu que 4 enfants :

François Antoine [2] (1849-1808), Jacques Antoine (1850-1936), Marguerite Mulard (1852-1923), Alexis (1854-1899) car le père mourut la même année que la naissance du petit dernier en 1854 à l'âge de 33 ans, 7 jours après la naissance de son dernier fils.

Sa femme se remariera 3 ans plus tard.

Rue du Courgain en 1850 #IA

La vie au port et à la maison #IA

Aparte sur Pierre Mulard (et la rue du même nom au petit courgain)

il se trouve dans une branche adjacente

La flèche indique la branche que nous suivons, ce Pierre MULARD est juste à côté, là.

Si une rue porte son nom c'est pour des faits de sauvetage de marin en perdition et pour cela il fut fait Chevalier de la légion d'honneur.

Voici un extrait de presse du 30 septembre 1883 sur un de ses exploits :

Le voici posant fièrement avec ses nombreuses médailles :

C'est en 1949, pendant la reconstruction du courgain maritime qu'il a été décidé d'attribuer ce nom de rue.

C'est la rue juste derrière l'église, en plein cœur du Courgain Maritime.

Aparte sur la période à venir dans notre histoire des MULARD à Calais :

L’âge d’or : XVIIᵉ – milieu XIXᵉ siècle

La pêche calaisienne est alors importante :

Le quartier du Courgain maritime vit presque exclusivement de cette activité.

Les équipages sont composés de :

Le premier recul : 1850–1880

C’est la première vraie rupture.

Deux phénomènes apparaissent :

Boulogne-sur-Mer se modernise beaucoup plus vite.

Dans Boulogne-sur-Mer :

Calais reste davantage :

Peu à peu, Boulogne devient le grand port de pêche de la Manche.

La transformation de Calais : 1880–1914

Calais change complètement de rôle.

Le port devient surtout :

Les activités qui se développent :

La pêche continue, mais elle n’est plus dominante.

Beaucoup de pêcheurs deviennent Dockers ou pilote pour guider les navires.

Le coup très dur : les deux guerres

Le port de Calais est :

Beaucoup de bateaux disparaissent.

Après 1945, la pêche locale ne retrouve jamais son importance.

François Antoine [2] : Né en 1849 et mort en 1906

Dans l'acte de naissance, le père a signé et a gardé la petite arabesque, son métier est toujours Marin et son adresse n°88 ,4ème rue du Courgain. Des collègues marins sont témoins.

François Antoine se mariera le 29 Novembre 1869 avec Marie Catherine SOUBITE .

Il a 20 ans et 10 mois et elle 18 ans et 9 mois.

Dans l'acte, sa profession à lui est notée comme Marin, celle de son épouse pêcheuse. Bizarrement aucun ne sait signer

François Antoine, en tant que marin, ne fera pas de service militaire terrestre.

Ils ont eu 11 enfants : François Antoine [3](1870-1947), Marie-Françoise (1873-1954), Charles (1874-1875) mort à 9 mois et 20 jours, Pierre Charles (1877-1932), Gaston Pascal (1878-1943), Marguerite (1880-1959), Eléonore (1882-1883) mort à 1 an et 16 jours, Edouard Henri (1884-1886) mort à un an et 11 mois, Jeanne Henriette (1885-1952), Genevieve Gabrielle (1888-1981), Angèle Eléonore (1891-1974)

Document rare, François Antoine et sa femme Marie Catherine en Courguinoise, c'était le début de la photographie : Les arrière-arrière grands parents de Catherine.

Aparté sur les traditions du courgain maritime et le costume de la courguinoise :

Origine du costume

Le costume de la Courguinoise s’est formé dans un milieu très spécifique : celui du Courgain maritime, communauté de pêcheurs, de pilotes et de sauveteurs vivant presque en vase clos autour du port de Calais. Comme dans d’autres sociétés littorales de la Manche, le vêtement féminin y a joué un rôle d’identité de quartier et de métier. La femme du Courgain n’était pas seulement épouse de marin ; elle participait souvent elle-même à l’économie de la mer, comme vendeuse ou marchande de poisson, et son costume exprimait à la fois l’appartenance au quartier, la respectabilité domestique et, les jours de fête, une certaine fierté collective. Le Courgain est resté dans les mémoires comme le fief des gens de mer de Calais, et c’est bien dans ce cadre que s’est fixé l’habit de la Courguinoise.

Les caractéristiques du costume

Les descriptions anciennes permettent de reconstituer assez précisément la tenue. Le costume complet comprend la coiffe dite “soleil”, un caraco ou chemisier, une jupe, un châle, un à plusieurs jupons, un tablier noué sur le devant, des bas, des chaussures ou galoches, et même des poches indépendantes portées sous la jupe, qui tenaient lieu de sac. Pour sortir, on ajoutait parfois un mantelet ou une bachelique, sorte d’épais châle couvrant davantage la tête et les épaules. Les jours ordinaires, les tissus étaient plus rustiques et la coiffe plus simple ; les grandes pièces de dentelle et les beaux châles appartenaient plutôt à la tenue dominicale ou cérémonielle.

La coiffe “soleil”

L’élément le plus spectaculaire est la coiffe rayonnante que l’on voit sur ta photographie. Elle est décrite comme la coiffe par excellence de la Côte d’Opale et demeure, aujourd’hui encore, le signe distinctif des Courguinoises lors des fêtes maritimes ou de la bénédiction de la mer. Sa forme circulaire très développée, presque auréolée, explique son nom de “soleil”. Elle n’est pas seulement décorative : elle est devenue un symbole de Calais maritime, au point d’avoir été mise à l’honneur dans l’iconographie régionale.

Avant le “soleil” : la cornette

Il faut ajouter une nuance historique importante. La coiffe “soleil” n’est pas l’unique forme ancienne. Avant elle, ou parallèlement à elle selon les usages, on rencontre la cornette à potelage ou bonnet potelé, attestée dans les années 1870-1880. Autrement dit, le costume de la Courguinoise n’est pas figé : il a évolué dans le temps, comme tous les costumes populaires. Certaines femmes du Courgain furent représentées avec cette cornette antérieure, puis la grande coiffe en soleil s’est imposée comme image emblématique du costume de fête.

Costume de travail et costume de fête

Il ne faut pas imaginer que les femmes travaillaient tous les jours habillées ainsi. Les descriptions distinguent nettement la tenue ordinaire, plus simple et plus pratique, et la tenue d’apparat. Au quotidien, on utilisait des étoffes moins précieuses, un châle plus commun, parfois une simple cornette ou un foulard pour se protéger du vent. Le costume complet, avec sa coiffe rayonnante et ses beaux éléments textiles, appartenait plutôt au dimanche, aux cérémonies religieuses, aux processions et aux grands moments de sociabilité du quartier.

Les fêtes du Courgain maritime

Le costume prend tout son sens dans les fêtes maritimes du Courgain. Aujourd’hui encore, la mémoire du quartier se concentre autour de deux temps forts. Le premier est la Fête du Courgain Maritime, célébrée le 15 août : elle associe messe, cortège, dépôts de gerbes aux monuments maritimes et rassemblement populaire au Minck autour des produits de la mer. Le second est la Fête du hareng, plus récente dans sa forme actuelle, mais explicitement conçue pour faire vivre l’identité maritime calaisienne, avec dégustations, musique, démonstrations de nœuds marins et de ramendage des filets. Ces fêtes ne sont pas de simples animations folkloriques : elles servent à transmettre l’appartenance maritime et à maintenir un lien entre les générations.

La survivance d’une mémoire plus qu’un simple folklore

Le vieux Courgain a été durement frappé par la Seconde Guerre mondiale, et une grande part de son tissu ancien a disparu. Pourtant, son nom, ses figures et son costume ont survécu. Les femmes qui portent encore cet habit lors des fêtes sont toujours appelées Courguinoises. Le costume n’est donc pas un déguisement inventé après coup : il fonctionne comme une mémoire portée, une manière de faire revenir dans le présent le monde des pêcheurs, des matelots, des sauveteurs et des marchandes de poisson.


Une de leur fille, Jeanne Henriette et ses enfants

Dans la génération des enfants de François Antoine Mulard et Marie Catherine Soubité, la mortalité infantile recule nettement par rapport aux générations précédentes, sans avoir disparu pour autant. Plusieurs enfants atteignent l’âge adulte, mais trois meurent encore avant l’âge de deux ans, preuve que, dans le quartier maritime du Courgain, les progrès sanitaires de la fin du XIXᵉ siècle n’avaient pas encore effacé toute la vulnérabilité de la petite enfance.

François Antoine [3] : Né en 1870 et mort en 1947

Son acte de naissance

Les parents habitent  au 2 rue du Courgain, la mère est pêcheuse et le père ,au moment de la naissance de son fils, n’exerçait pas seulement comme marin ; il était alors “au service de l’État”, probablement dans un emploi maritime public ou militaire.

Le 11 janvier 1897 à Calais, il épouse Marie Justine Delpierre.

Même si les famille Mulard et Delpierre sont de vieilles familles de marin on voit apparaître des changements notables.

Cet acte marque un glissement discret mais significatif. On y retrouve encore l’héritage du Courgain maritime, ses familles alliées et son monde de mer, mais celui-ci n’est plus tout à fait fermé sur lui-même. L’« ancien marin », le lamaneur*, les cochers parmi les témoins : autant d’indices d’une ville qui change. Calais demeure un port, mais s’éloigne peu à peu du seul horizon de la pêche pour entrer davantage dans celui des services portuaires, des transports et d’une sociabilité urbaine plus ouverte. Dans cette génération, les Mulard appartiennent encore au monde maritime, mais déjà à un monde maritime en transformation.

* Le lamaneur est l’homme chargé des manœuvres d’amarrage et de désamarrage des navires, métier directement lié à la vie portuaire

François Antoine et Marie Justine n'ont eu que deux enfants dont un mort en bas-âge.

Henri Antoine Charles (1897-1898), André Fortuné Crépin (1901-1955)

…. Acte de décès demandé à la mairie de Calais …..

André Fortuné Crépin : Né en 1901 et mort en 1955

Il est né au 11, rue Ledoux. Cette rue a disparu car le courgain a été rasé par les bombardements alliés.

On aperçoit la tour du guet au fond.

Avant la guerre il y avait une église qui trônait au milieu «  du village » du Courgain, l'église Saint-Pierre Saint Paul :

Les structures ont tellement été endommagées qu'elle fut détruite et il fallut attendre 1964 pour que le Courgain retrouve son église …..mais le Courgain n'était déjà plus ce qu'il était.

Mais revenons juste avant la guerre en 1926, André Fortuné épousa Elise LEPRETRE.

Le métier d'André est « Auxiliaire Rouleur », on peut imaginer qu'il travaille au chargement/déchargement des camions ou marchandises au port, quant à son épouse elle est « dévideuse » c'est à dire préparer le fil avant tissage ce qui colle avec un des témoins qui est tulliste. Le Courgain a donc, en grande partie, tourné la page de la pêche. Début du XXème siècle c'est l'apogé du tulle à Calais et le port devient un hub de voyageurs et de commerce, les pêcheurs sont devenus des dockers.

Pendant son service militaire en 1921, André a été placé dans les services auxiliaires pour « insuffisance musculaire très prononcée » et a même passé 6 jours en convalescence. Il participa néanmoins à la seconde guerre mondiale et fut fait prisonnier à Dunkerque le 4 juin 1940 et déporté au Stalag VIA.


Aparte Wikipedia sur le Stalag VIA :

« D'après un rapport de l'armée américaine, les conditions de vie dans le camp étaient atroces. L'hôpital abritait 9 000 patients, souffrant du typhus, de pneumonie, de fièvre pourprée, de tuberculose et de dysenterie. Il y avait une moyenne de 100 à 150 décès par jour et des corps gisaient sans sépulture. Les prisonniers étaient en haillons, le corps couvert de poux. Les installations sanitaires étaient à la fois sales et très insuffisantes. La situation alimentaire était cependant ce qu'il y avait de pire. Aucune nourriture n'avait été fournie au cours des quatre jours précédant l'arrivée des Américains. Auparavant, les prisonniers avaient vécu de soupe d'orge (un bol par jour pour les Russes, deux bols par les autres nationalités) et une miche de pain pour dix hommes »


Gravement malade il fut rappatrié le 24 décembre 1943 pour bronchite, douleur du thorax, troubles digestifs etc..

Avec Elise il eu trois enfants : André (1927-2003), Mauricette (1931-1931), René [Papy René] (1937-1991)

Papy René épousa Mamy Yeyette mais ça c'est une autre histoire ….