Préambule

Ouvrir un arbre généalogique, c’est entrouvrir une porte. Derrière, il n’y a pas seulement des noms et des dates : il y a des voix, des paysages, des gestes répétés jusqu’à devenir invisibles. Il y a des silences aussi — ceux des registres effacés, des vies modestes, des histoires qu’on n’a pas jugées dignes d’être racontées. Et pourtant, c’est là que tout commence.

Ce récit propose un voyage à rebours, depuis la régence de Catherine de Médicis jusqu’à notre époque — celle où l’intelligence artificielle s’invite à la table des archives, déchiffre des écritures, recoupe des pistes, et nous aide à relier les points. Entre ces deux rives, près de cinq siècles : des villages, des guerres, des épidémies, des renaissances, des révolutions, des migrations, des métiers qui naissent et d’autres qui disparaissent.

Au fil des générations SEILLIER, nous tenterons de retrouver le quotidien de ceux qui nous ont précédés : leurs joies simples, leurs drames, leurs départs, leurs retours. Nous apprendrons à mieux les connaître non pas comme des figures lointaines, mais comme des êtres de chair et de choix, pris dans l’épaisseur de leur temps. Chaque acte retrouvé, chaque signature hésitante, chaque mention d’un lieu-dit est une étincelle : une preuve, parfois ; une hypothèse, souvent ; toujours une invitation à comprendre.

Cette enquête n’a pas la prétention de tout certifier. Elle assume ses zones d’ombre, distingue ce qui est établi de ce qui est probable, et avance avec prudence — parce que la fidélité au passé mérite mieux que le confort des certitudes faciles. Mais elle avance, surtout, avec gratitude : sans eux, sans leurs efforts, leurs renoncements ou leurs audaces, nous ne serions pas là.

Savoir d’où l’on vient pour mieux savoir où l’on va : telle est la promesse de ces pages. Et si, chemin faisant, nous découvrons que nous héritons autant de questions que de réponses, ce ne sera pas un échec. Ce sera, au contraire, la preuve que l’histoire continue — en nous.

Emma & Philippe

Contexte

Imaginez-vous en 1570, en France, on est au cœur des guerres de religion entre les catholiques et les protestants. La régente, Catherine de Medicis, sans doute influencée par ses conseillers, déclenche deux ans plus tard le massacre de la Saint Barthélémy

Dans la région de Boulogne-sur-mer, cela fait peu de temps que les anglais ont rendu la ville à la France et ils sont encore bien présents, au moins par le commerce. A quelques journées de marche il y a les Pays-Bas espagnols, une autre opportunité de commerce mais une menace constante de guerre. C'est au carrefour du commerce et des menaces que notre histoire commence, précisement à Marquise, au cœur des carrières de pierre.

À Marquise, la pierre est une histoire ancienne. Le plateau de Marquise–Rinxent est exploité depuis des siècles, et il est très probable qu’au XVIᵉ siècle l’extraction soit déjà bien installée. Cette pierre sert d’abord à bâtir : murs, églises, maisons, ouvrages de pierre de taille — tout ce qui façonne durablement un paysage. Le détroit n’est pas une frontière étanche : depuis l’Antiquité, des pierres de cette région ont circulé vers l’Angleterre, et l’on sait aussi que la production s’inscrit dans un espace d’échanges du Nord (vers la France septentrionale et les Pays-Bas). Pour l’année 1570 en particulier, faute de document daté, je préfère parler de circulations plausibles plutôt que d’un commerce attesté au cas par cas.

Ici, la pierre voyage par l’eau. À l’époque, transporter des blocs par chariot coûte cher et casse beaucoup ; la mer, elle, porte lourd et loin. Du Boulonnais, on peut charger près du rivage et rejoindre ports, chantiers et villes par cabotage : la pierre suit naturellement les routes maritimes.

C'est une pierre claire, crème à gris-jaune, qui peut paraître presque blanche quand elle vient d’être taillé. Et c'est là sa particularité, elle est très facile à tailler.

Avant de nous lancer dans l'étude de nos ancêtres, regardons ce que représentait le mariage au XVIème siècle.

La chronologie d’un mariage au XVIᵉ siècle

Au XVIᵉ siècle, le mariage n’est pas seulement une affaire privée : c’est un acte social, religieux et juridique, strictement encadré par l’Église et les communautés locales. Chaque étape a une fonction précise et une forte valeur symbolique.

La publication des bans

Les bans de mariage sont proclamés publiquement à l’église paroissiale, en général trois dimanches consécutifs, avant la cérémonie.

Objectif :

Ce que cela représente à l’époque :

Une dispense de bans est possible, mais elle est exceptionnelle et souvent motivée (urgence, éloignement, statut social).

Les fiançailles

Les fiançailles sont un engagement formel, parfois religieux, parfois simplement contractuel, souvent accompagné :

À ne pas confondre avec aujourd’hui :

Elles marquent le passage d’un projet familial à un engagement reconnu.

Le mariage religieux

Le mariage est célébré à l’église, devant le prêtre et des témoins, et constitue le seul mariage reconnu.

Rôle central du sacrement :

La bénédiction religieuse donne au mariage sa pleine légitimité, bien au-delà de l’union affective.


✒️ En résumé

Ce qui peut sembler aujourd’hui lourd, formel ou désuet était alors perçu comme :

Le mariage au XVIIᵉ siècle est moins une affaire de sentiments qu’un pilier de l’ordre social.

Nota : À l’époque, dans une société fondée sur le travail manuel et l’économie domestique, on ne pouvait guère se permettre de demeurer longtemps veuf ou veuve. Les remariages rapides, qui peuvent aujourd’hui surprendre, relevaient moins du choix personnel que d’une nécessité sociale, familiale et économique.

Nota2 : Au XVIIᵉ siècle, on ne se mariait pas contre son gré, mais rarement pour l’amour tel que nous l’entendons aujourd’hui. L’union devait d’abord être possible, utile et acceptée ; les sentiments, lorsqu’ils existaient, trouvaient ensuite leur place dans la vie commune.

Le premier acte

A cette époque, bien avant l 'état civil, la vie « administrative » était régie par deux systèmes :

Notre premier ancêtre connu se prénommait André. Il est né vers 1570 et il s'est marié 3 fois. C'est à travers les contrats de mariage du notaire qu'on retrouve les premières traces de notre patronyme.

Son premier mariage est avec Jeanne Briche, et comme souvent elle donna rapidement naissance à son première enfant, un fils, Pierre Sellier vers 1590.

Son deuxième mariage fut avec Claude Remond et à cette occasion, un contrat de mariage fût établi chez le notaire à Boulogne-sur-Mer.

Voici le haut de ce contrat de mariage :

C'est donc le 14 juillet 1597 que l'acte a été signé. A la fin de la première ligne on décrypte le prénom André, puis en début de seconde ligne « Sellier Marchand »

Dans les quatre pages de ce contrat on retrouve clairement la localisation à Marquise de notre ancêtre.

Signature chez le notaire #IA

A cette date la graphie de notre nom est bien SELLIER, dont l'étymologie provient du métier éponyme de celui qui travaillait le cuir.

Claude Remond décéda en janvier 1623.

Le troisième mariage d'André Sellier fut avec Marguerite Lyesse le 6 février 1624.

André Seillier s'éteindra vers 1640 sûrement à Marquise.

Pierre : Né vers 1590 et mis en bière en 1664

Cette période c'est la fin des guerres de religion avec l'edit de Nantes de 1598 sous le règne d'Henri IV malheureusement assassiné en 1610 par Ravaillac. Louis XIII arrive au pouvoir avec un certain Armand Jean du Plessis plus connu sous le nom de cardinal de Richelieu. C'est une période de guerre avec l'Espagne et de trouble politiques et financiers.

Néanmoins notre ancêtre reprend les affaires familiales, marchand à Marquise et il se marie avec Catherine Dumont en 1617 et un contrat de mariage est de nouveau établi.

On distingue mieux notre patronyme « Mariage Sellier et Catherine Dumont »

Dans l'acte Pierre est nommé « Sieur du Prey - Marchand », ce qui lui confère un niveau de confort de vie correct et propriétaire (ou détenteur) d’un lieu appelé Le Prey / du Prey ce qui pourrait expliquer le passage chez le notaire puis ensuite à l'église.

Avec Catherine Dumont il eut au moins 8 enfants :

Jean né en 1618, Jacques en 1620, Antoine en 1622, André en 1624, Marguerite en 1626, Estienne en 1628, Marie en 1630 et Jeanne en 1637

Nota : Vers 1650, la mortalité infantile était extrêmement élevée : on estime qu’un enfant sur quatre, parfois sur trois, mourait avant l’âge d’un an. Les maladies, les infections et l’absence de soins efficaces rendaient les premières années de vie très incertaines. Les femmes, quant à elles, mouraient fréquemment en couches, victimes de fièvres puerpérales, d’hémorragies ou de complications obstétricales mal comprises. Accoucher restait l’un des moments les plus dangereux de la vie féminine.

Catherine Dumont décéda le 15 juillet 1639 à Marquise.

Pierre se remaria un an après avec Antoinette Poissant, le 30 septembre 1640, mais elle mourut en 1645.

Ensuite Pierre épousa Jeanne Davault en 1646 avec qui il eut un enfant : Catherine née en 1647

Pierre Sellier eut donc au moins 8 enfants avant de prendre un repos éternel bien mérité..

L’an de grâce 1664, le 14 juillet, Pierre Sellier a eu la [communion ?] ; notre Sainte Église a assisté au convoi a dit(e) sépulture ; a été inhumé au cimetière. (signé : [illisible])

André : Né en 1624 et mort en 1681

André Sellier se maria comme son grand-père André avec une Jeanne Briche !

Pendant cette période l'Histoire de France pris un sacré virage. A Louis XIII et Richelieu, succéda d'abord la régence d'Anne d'Autriche et de Mazarin mais en 1661, Louis XIV pris le pouvoir seul et le règne du roi soleil pouvait commencer et rayonner de par le monde.

Dans un pays de frontière comme le Boulonnais, les murs comptaient autant que les prières : remparts, portes, ouvrages à réparer… tout ça faisait tourner les bras et les outils. Il est donc très plausible que les tailleurs de pierre et maçons du secteur aient profité, par périodes, de ces chantiers militaires (Vauban) avec la pierre locale de Marquise à portée de charrette.

Dans le Boulonnais, la mer faisait aussi vivre les familles : la pêche nourrissait le pays, et les chasse-marées filaient sur les routes pour livrer le poisson frais au plus vite, jusqu’aux grands marchés, parfois même jusqu’à Paris.

Un contrat de mariage (Notaire Père et fils Vasseur)T fut fait en 1658 entre André Sellier et Jeanne Briche, le voici :

On arrive à lire les noms des époux dans la marge, la date en haut ainsi que le mot mariage. A la 3ème ligne il y a le père « Pierre Sellier, Sieur du Prey, Marchand demeurant au bourg de Marquise ... »

Le mariage d'André et Jeanne enfanta  Nicolas (1656), Madeleine   (1658), Catherine (1661), Françoise (1664), Pierre (1665), Antoine (1667), Jacques (1670) et Marie-Madeleine (1674)    

Le testament de Pierre Sellier,son père, passé chez le notaire Adrien Mansse à Marquise, a quelque chose de très “vrai” : on y voit un homme qui met ses affaires en ordre pendant qu’il en a encore la force, avec le souci évident d’éviter les querelles après lui. C’est un acte de famille plus qu’un acte de commerce : il organise la transmission, rappelle des engagements déjà pris, et fixe des règles claires autour des biens.

La phrase la plus touchante est celle, très classique juridiquement mais terriblement humaine quand on la remet dans son contexte : Pierre est “malade” mais “toutefois sain d’esprit”. Autrement dit : le corps flanche, mais la tête tient bon. On sent qu’il veut décider lui-même, lucidement, de ce qui reviendra à chacun.

Le testament cite explicitement le contrat de mariage d’André Sellier, son fils, et revient sur une donation faite à cette occasion, avec une logique de “retour” aux héritiers en cas de décès sans enfants : c’est la mécanique typique d’un père qui établit son enfant tout en protégeant l’équilibre familial. Et il nomme aussi Marguerite Sellier, sa fille, en lien avec Nicolas Beaugrand, ce qui ancre noir sur blanc la filiation et le réseau familial.

Enfin, il y a ce détail qui donne un frisson : Pierre signe. Une signature courte, un peu hésitante, cohérente avec l’état de maladie évoqué au début. Ce n’est plus seulement le notaire qui écrit son nom : c’est Pierre lui-même qui laisse une trace, comme une poignée de main à travers les siècles.

Antoine : Né en 1667 et mort en 1724

Entre 1667 et 1724, les familles du royaume vivent sous un État très présent : guerres à répétition, impôts qui montent, hommes requis pour milice et corvées. Les années difficiles laissent des traces (disettes, maladies), surtout à la fin du règne de Louis XIV. Dans les foyers, on sécurise : contrats de mariage, testaments, clauses de retour, pour éviter qu’un décès déclenche des querelles. Sur la côte du Boulonnais, l’Angleterre en face rend la mer à la fois chance et menace : pêche, cabotage, parfois course ou contrebande, mais aussi alertes et surveillance. Les ports et bourgs vivent au rythme des marchés, des passages, des rumeurs de guerre. Après 1715, l’atmosphère se détend un peu, mais l’argent reste rare et la prudence domine. Dans ce contexte, “tenir une maison”, transmettre proprement et marier les enfants au bon endroit, c’est une stratégie de survie autant qu’une tradition.

On retrouve la trace d'un contrat de mariage chez le notaire (Antoine Delattre) en date du 31 Janvier 1697 avec (Marie) Catherine LEFEBVRE.

Et quelques jours avant, Marie-Catherine était passée chez le même notaire pour un inventaire de ses biens.

Comment se faisait un mariage vers 1697 ?

(à partir de l’inventaire de biens de Marie-Catherine Lefebvre, dressé avant son union avec André Seillier)

Le mariage commence chez le notaire… avant l’église

Avant même la cérémonie, les familles s’attachent à mettre les choses au clair : ce que chacun apporte, ce qui sera commun, ce qui restera propre à l’un ou l’autre. Dans la pratique, cela passe par un acte écrit, rédigé selon des formules précises, sur papier timbré, et conservé comme preuve.

L’inventaire : une photographie du patrimoine de la future épouse

Pour une femme, la dot n’est pas seulement une somme : c’est souvent un ensemble de biens concrets. L’inventaire dresse alors une liste méthodique des « meubles et effets » appartenant à la future épouse. On y voit généralement trois grands ensembles :

Chaque objet est nommé, parfois qualifié (toile fine/commune, serge, batiste…), et surtout estimé.

« Pris à… » : tout est évalué, même l’humble

Le notaire (ou les personnes commises à l’estimation) attribue une valeur à chaque article :

« Item… pris à … livres, sols, deniers »

C’est une logique implacable : rien n’est trop petit pour ne pas compter. Une paire de bas ou une écuelle n’ont pas le prestige d’un bijou, mais ils représentent une valeur, et surtout un outil de vie. Cette minutie donne aujourd’hui au document sa puissance : on entre dans le détail du quotidien.

À quoi sert cette liste ? Protéger la femme, éviter les conflits

L’inventaire n’est pas une curiosité domestique : c’est une garantie juridique.

Autrement dit : le mariage est aussi une construction patrimoniale, et l’inventaire en est l’un des piliers.

Une dot « en nature » : le foyer prêt à fonctionner

Ce type d’acte montre que beaucoup d’alliances se bâtissent sur une économie très concrète : la dot n’est pas forcément de l’argent comptant, mais de quoi tenir maison immédiatement. Draps, coffres, marmites et vêtements forment un capital utile : on n’entre pas dans le mariage avec une promesse vague, mais avec un trousseau et un équipement qui rendent possible la vie commune dès le premier jour.

Une leçon d’histoire familiale

À travers cet inventaire, le mariage apparaît tel qu’il se pratiquait souvent : un événement religieux et social, certes, mais précédé d’un acte de raison — où l’on compte, où l’on nomme, où l’on additionne. Et c’est peut-être cela qui frappe le plus : la dignité accordée au quotidien. Le notaire écrit avec le même sérieux « une marmite », « une coiffe », « un coffre » : parce que ces objets portent en eux l’avenir du couple.


L’église bénira l’union ; le notaire, lui, en a préparé le terrain. Entre les deux, la dot de Marie-Catherine Lefebvre : un inventaire modeste et précis, où chaque objet, du drap à la marmite, devient une promesse de foyer.

Extrait de l’inventaire des biens de Marie-Catherine Lefebvre, 28 janvier 1697.
Item une chemise en meschine pour service prise a ung escu
petit fer a foire a solz
Item une bassine a escaler a ung quart de pot de cuivre
prise deux livres

Nota : chemise en meschine : meschine = toile grossière, usage domestique ou de travail

Mariés en 1697, Antoine et Marie Catherine eurent au moins 6 enfants : Pierre (1699), Jacques (1702 – Mort à 6 jours), Antoine (1703), André (1705), François (1706) et Louis Marie (1708)

Marie Catherine mourut 3 ans après en 1711 à l'âge de 36 ans.

L'année suivante Antoine se remaria avec Marie Jeanne de QUEHEN avec qui, semble t'il, il n'eût point d'enfants.

On lit clairement le 3 février 1712. En 4ème ligne le curé écrit SELLIER et Antoine aussi, d'ailleurs autant la signature de Marie-Jeanne montre qu'elle sait écrire que celle d'Antoine, juste avant est, disons, hésitante, pour ne pas le froisser.

 un contrat de mariage fut également fait.

À propos de la graphie SEILLIER

Dans cet acte de mariage de 1697, le patronyme SEILLIER apparaît sous une forme fixée, stable, soigneusement calligraphiée. Rien n’indique une hésitation, ni une variante concurrente dans le corps de l’acte. Cette graphie n’est pas anodine, mais elle ne doit pas être comprise comme le reflet direct d’un choix personnel de l’intéressé.

Sous l’Ancien Régime, l’orthographe des noms n’appartient pas encore à l’individu. Elle relève de l’usage, de l’oreille du scribe, et surtout de la main du notaire. Celui-ci écrit selon sa formation, ses habitudes professionnelles et les conventions locales. Le nom est saisi comme un son, puis transcrit dans une forme jugée correcte, lisible et conforme à l’écrit administratif.

Il est donc très probable que la graphie SEILLIER soit ici un choix du notaire, et non celui d’André lui-même. Mais ce choix n’est pas neutre pour autant. En figeant le nom dans un acte officiel, conservé et opposable, le notaire lui donne une existence juridique durable. Ce sont ces écritures répétées — contrats, inventaires, obligations — qui, peu à peu, stabilisent une graphie et finissent par l’imposer à la lignée.

On peut ainsi raisonnablement envisager que la fixation du patronyme SEILLIER, telle qu’on la retrouve par la suite, trouve ici l’une de ses premières expressions formelles. Non comme une décision consciente, mais comme le résultat d’un usage administratif répété, devenu norme par la force de l’écrit.

Ce glissement discret — d’un nom entendu à un nom écrit — rappelle combien l’histoire des familles se joue parfois dans la plume d’un notaire, plus que dans la volonté explicite de ceux qu’il désigne.

Pierre : Né en 1699 et mort en 1775

La France ne va pas très bien. La mort de Louis XIV laisse un état puissant mais ruiné. A travers les tensions sur la justice, la fiscalité, les privilèges, l'inefficacité de l'état on sent les prémices d'une révolution.

Dans le boulonnais on vit toujours sous la tension du voisin anglais surtout en mer.

Acte de naissance de Pierre, à noter que le curé reste sur la graphie SELLIER

Le 18 juin 1726 Pierre épousa Marie-Françoise FLAMEN.

Pierre et Marie Françoise étaient cousin Germain (4ème degré) il a fallu la dispense de l'évèque pour que le mariage ait lieu.

Rappel :

Sous l’Ancien Régime (droit canon) :

Un contrat de mariage est établi chez le notaire DELETOUR.

Le 27 mai 1726, Pierre Seillier, cordonnier demeurant à Marquise, passa contrat de mariage devant notaire avec Marie-Françoise Flamen. Celle-ci était fille de feu Jacques Flamen, chirurgien royal et ancien bourgeois de Boulogne, et de Marie Daudru, également décédée. Le contrat, conclu en présence de nombreux parents des deux lignées, établit une communauté de biens selon la coutume, tout en protégeant les apports de la future épouse. Il témoigne de l’alliance entre une famille d’artisans établis et une lignée issue d’un milieu médical reconnu, socialement structuré et juridiquement averti.

Les signatures des époux sont claires, l'écriture est maîtrisée.

Dès le 20 septembre 1727, une petite fille, Marie-Françoise allait naître de cette union.

Mais 3 jours après la maman décéda, à l'âge de 27 ans, victime très probable des suites de couche, laissant Pierre et une petite fille de 3 jours seuls au monde.

Pierre à l'enterrement de sa première femme #IA

Ce drame souligne la fragilité de la vie des femmes au 18ème siècle.

Veuf trois jours après la naissance de sa fille, Pierre Seillier se remaria le 25 novembre de la même année avec Marie Anne Defosse, remariage rapide typique d’un foyer confronté à l’urgence d’élever un nourrisson et de maintenir la maison.

A noter que si le curé a encore écrit SELLIER, la famille elle, a validé la graphie SEILLIER. Pierre, André et Louis l'ont gravée sur le papier.

Le contrat de mariage conclu avec Marie-Anne Defosse, après le veuvage de Pierre Seillier, tient largement compte de l’existence d’un enfant issu du premier lit. Le notaire y multiplie les clauses de réserve et de protection, afin de préserver les droits acquis de l’enfant et d’éviter toute confusion entre les biens des deux unions. Ce contrat, plus encadré que le précédent, témoigne d’une gestion prudente et juridiquement avertie d’un remariage après décès.  

Mais le malheur continua son travail de sape et la petite Marie-Françoise, née un peu plus d’un an après le mariage de ses parents, mourut à son tour le 12 février 1728, à l’âge d’environ quatre mois, rejoignant sa mère disparue quelques jours après l’accouchement.

Il est certes futile de le signaler mais un curé a enfin adopté la graphie SEILLIER.

Après le décès de l’enfant du premier lit :

Une fois l’enfant décédée, les clauses de réserve tombaient d’elles-mêmes, sans acte supplémentaire.

C’est du droit coutumier classique :

la condition disparaît → la clause devient sans objet

De ce second mariage sont nés : Pierre SEILLIER (1728-1784), François SEILLIER ()

Pierre : Né en 1728 et mort en 1784

Entre 1775 et 1784, la France vit une décennie où tout s’accélère — sans encore exploser.

En France, le règne de Louis XVI commence (1774) avec des finances déjà fatiguées, puis arrive le grand basculement : la guerre d'Indépendance des États-Unis. La France entre officiellement dans le conflit en 1778 contre la Grande-Bretagne : victoire politique et militaire à l’arrivée, mais facture énorme. Le traité de Paris (1783) confirme l’indépendance américaine, et en 1784 la France se retrouve avec une gloire certaine… et une dette qui devient un piège. Dans le même temps, les idées des Lumières circulent plus vite que les chevaux, et l’État cherche des réformes sans réussir à faire payer ceux qui devraient payer.

Dans le Boulonnais, la décennie est très “Manche” : la guerre transforme la côte en zone stratégique. Autour de Boulogne-sur-Mer et des paroisses voisines, tu as davantage de mouvements de marins, de convois, de garde-côtes, de rumeurs d’alerte, et une économie qui vit au rythme du maritime : pêche, cabotage, approvisionnements, parfois corsaires et prises (quand ça se pratique), avec en arrière-plan la contrebande qui profite toujours des périodes tendues. Bref : une région qui ne “fait pas la Révolution” encore, mais qui sent déjà le monde changer à travers la mer et l’argent.

Acte de naissance par le curé de Marquise.

Pierre se maria en 1751 à l'âge de 23 ans avec Marie Jeanne Marmin de 5 ans son aînée et déjà mariée une fois et donc veuve.

Sur l'acte de mariage le métier de Pierre est cordonnier

Les signatures de Pierre SEILLIER (Père et fils) sont claires et avec la « bonne » graphie.

Ils eurent au moins 7 enfants : Pierre Jean François (1752-1824), Jean-Louis (1753-1814), Jean-Baptiste (1756-1843), Marie-Madeleine (1759-1763), Marie-Louise (1761-1763), Louis (1763-1791), Pierre François (1766-1832)

Pierre, le cordonnier au travail #IA

Deux enfants moururent en bas âge, quant à Pierre il disparut à l'âge de 56 ans.

Pierre : Né en 1752 et mort en 1824

Né en 1752, Pierre traverse l’une des périodes les plus mouvementées de l’histoire de France. Il grandit sous Louis XV, devient adulte sous Louis XVI, voit arriver la Révolution (1789), la chute de la monarchie, la Terreur, puis le Directoire. Il connaît ensuite l’ère napoléonienne, les guerres de l’Empire, et finit sa vie sous la Restauration (retour des Bourbons) après 1815. En une seule existence, la France passe de l’Ancien Régime à un État moderne, centralisé, puis tente de renouer avec ses traditions — autant dire un grand écart permanent.

Un tournant majeur de sa vie administrative, c’est l’arrivée de l’état civil en 1792 : les naissances, mariages et décès ne sont plus tenus par les curés, mais par la mairie. Pour la généalogie, ça change tout :

Dans le Boulonnais, ces bouleversements prennent une couleur particulière. La région est maritime, frontalière de l’Angleterre, et très concernée par les tensions militaires : ports surveillés, mouvements de troupes, économie perturbée par les guerres, puis par le blocus continental sous Napoléon. La pêche, l’artisanat et les petits métiers continuent, mais au rythme des crises, des réquisitions et des retours de soldats. Après 1815, la région retrouve un calme relatif, mais le monde a changé : moins de curé dans les papiers, plus de maire, et une administration qui met enfin des noms, des dates et des métiers bien carrés sur des vies longtemps restées dans l’ombre.

Pierre, dans la tempête de l'histoire #IA

Pierre se marie le 19 février 1781 avec Marie Catherine PACQUE.

Voici l'acte écrit par le curé :

L'an 1781 et le 19ème
jour du mois de février , après la publication des
bans du futur mariage entre Pierre Jean François
Seillier fils majeur de Pierre, voiturier en cette paroisse,
et de Marie Jeanne Françoise Marmin d'une part, et Marie
Catherine Augustine Pacque, fille mineure de Marc Antoine
cordonnier en cette paroisse et de Marie Louise Sagnier,
d'autre part, tous deux de cette paroisse faite au prône

On apprend que le père qui était cordonnier à la naissance de son fils est maintenant voiturier.

À la fin du XVIIIᵉ siècle, on n’avait pas un métier “à la carte de visite”, on avait un savoir-faire pour survivre. Dans le Boulonnais comme ailleurs, beaucoup d’hommes cumulaient plusieurs activités selon les saisons et les besoins : artisan l’hiver, voiturier quand les routes étaient praticables, manœuvre lors des chantiers, parfois un peu de terre à cultiver pour compléter l’ordinaire. Les registres paroissiaux figent un métier à un instant T — ce que le curé a entendu ce jour-là — mais la réalité était beaucoup plus souple. On s’adaptait au travail disponible, aux récoltes, aux commandes, aux guerres même. Bref, on ne “changeait pas de métier” : on faisait feu de tout bois.

Pierre et Marie Catherine eurent au moins 6 enfants : Marie Louise (~ 1781-1809), Jean Pierre (1784-1862), François Louis (~ 1786-1783), Louis Marie (1789-1794), Fuscien Germinal (~ 1794-1795), Antoine Louis (~ 1796-xxxx)

Cette période devait sacrément être inconfortable à vivre au quotidien.

Dans les villages et petites villes, l’Église n’était pas “une opinion” : c’était la charpente du quotidien. On y baptisait les enfants, on y mariait les couples, on y enterrait les morts, on s’y retrouvait le dimanche. Le curé connaissait tout le monde, parfois depuis des générations. On ne “quittait” pas l’Église comme on change de club : on y naissait dedans.

Et en même temps, la Révolution souffle un vent anticlérical très dur : serment constitutionnel des prêtres, fermeture de couvents, suppression des ordres, fêtes civiques qui remplacent les fêtes religieuses, pression politique locale. Dans certaines communes, le maire et le curé se regardent en chiens de faïence ; dans d’autres, c’est le même homme… mais il a changé de casquette.

Résultat : double vie morale. On fait baptiser à l’église par tradition, par foi, par peur aussi (un enfant non baptisé, ça angoisse), et on déclare la naissance à la mairie par obligation. On donne un prénom bien républicain pour être tranquille, et on murmure un Jean ou un Marie à la maison. Ce n’est pas de l’hypocrisie : c’est de la prudence paysanne, ce talent ancien pour survivre aux tempêtes politiques sans perdre son âme.

Voici sans doute le dernier acte de baptême à l'église de notre lignée directe, il s'agit de Louis Marie François SEILLIER né le 31 juillet 1789 à Marquise (sans doute le 4ème enfant de Pierre et Marie)

Quand le curé écrit « du légitime mariage de… », il parle bien au nom de la loi de Dieu : le mariage est légitime parce qu’il est reconnu par l’Église, sanctifié par le sacrement. C’est la légitimité religieuse, celle qui compte socialement depuis des siècles.

Avec l’état civil, la formule change de monde : la légitimité devient celle de la loi des Hommes. Le mariage est légitime parce qu’il est déclaré à la mairie, reconnu par la République, inscrit dans les registres civils. On passe du sacrement au contrat, du parvis de l’église au bureau du maire.

Et entre les deux, pendant quelques années, les familles vivent sur deux plans à la fois : le cœur reste à l’église, le papier est à la mairie. Ce n’est pas une trahison, c’est une adaptation au temps qui change.

Le calendrier républicain naît en 1793, avec effet rétroactif au 22 septembre 1792, jour de proclamation de la République. Son objectif est limpide : rompre avec l’Ancien Régime et le temps chrétien. Fini les saints, les dimanches et les fêtes religieuses ; la Révolution veut refonder le temps lui-même, en l’alignant sur la nature, la raison et l’agriculture. Les semaines deviennent des décades, les mois prennent des noms tirés des saisons et des travaux des champs : Vendémiaire, Brumaire, Germinal, Floréal, Thermidor…. On y gagne une poésie terrienne, presque bucolique, qui colle au rythme des campagnes et des récoltes.

Dans la vie quotidienne, en revanche, c’est un sacré casse-tête. Les gens continuent de penser en “vieux mois”, les curés et les maires jonglent avec deux systèmes, et même l’administration s’y perd parfois. Le calendrier républicain est officiellement abandonné en 1806 sous Napoléon : la République garde ses principes, mais renonce à réinventer le temps. Il reste pourtant une trace durable, une sorte de poème politique inscrit dans l’histoire : la tentative, brève mais audacieuse, de faire coïncider les jours des hommes avec le rythme de la nature.

Voici le premier acte de naissance républicain de notre lignée  (Sans doute leur cinquième enfant) :

Aujourd’hui septième jour
du mois Germinal l’An deux de
la République Française, une et indivisible
à sept heures et demie du soir par devant moi
Joseph Lamy, membre du Conseil Général de
la Commune de Beaupré, Département
du Pas de Calais, Officier public délégué
à constater la naissance, les mariages
et les décès des Citoyens, est comparu en
la maison Commune Pierre Jean François Seillier
Manouvrier, de cette Commune, lequel assisté
de Jean Pierre Paque, tailleur d’habits, âgé de
trente deux ans, et de Marie Catherine Houné,
âgée de vingt deux ans, épouse de François
Carbonnier, cordonnier, tous deux de cette Commune
a déclaré à moi Joseph Lamy que Marie Catherine
Augustine Paque, son épouse, du légitime
mariage, est accouchée ce jour d’un garçon
trois heures du matin du dit garçon qu’il m’a
présenté et auquel il a donné les prénoms de
Fuscien Germinal. D’après cette Déclaration que
le Citoyen Jean Pierre Paque et la Citoyenne
Marie Catherine Houné ont déclaré conforme à
la vérité et la représentation qui m’a été faite
De l’enfant dénommé j’ai rédigé au présent
des pouvoirs qui nous sont délégués, le présent
acte que Pierre Jean François Seillier, le père de
l’enfant, et Marie Catherine Houné ont déclaré
ne savoir écrire, Jean Pierre Paque a
signé avec moi.
Fait en la maison Commune de Beaupré
le jour, heure, mois et an que dessus.

En passant du registre du curé à celui de la maison commune, on change de monde. Dans l’acte paroissial, le prêtre baptise un enfant “devant Dieu”, dans une langue parfois personnelle, souvent brève, avec les parrains et marraines comme figures centrales. L’essentiel est spirituel : l’entrée dans la communauté chrétienne.

Dans l’acte républicain, l’enfant n’est plus baptisé, il est déclaré. Le texte devient long, normé, répétitif. On n’invoque plus Dieu mais la République une et indivisible. On ne parle plus de paroisse mais de commune et de maison commune. Le déclarant est identifié par son métier, son âge, son domicile ; les témoins sont cités comme des citoyens. Tout est pensé pour faire foi devant la loi, pas devant l’Église.

On passe ainsi d’un acte de foi à un acte d’état civil. La même naissance, deux regards : celui du sacrement et celui de l’administration.

Anecdote croustillante : la Révolution n’a pas changé que les mois. Beaucoup de communes ont aussi changé de nom. On comprend que Marquise soit passée à la guillotine symbolique : le titre faisait un peu trop Ancien Régime pour l’époque… Pendant quelques années, la commune a donc porté le nom de Beaupré, plus neutre, plus champêtre. Une petite parenthèse révolutionnaire dans l’histoire locale.

A noter également que mettre Germinal dans le prénom de l'enfant était certainement pour montrer un signe de ralliement (ou de fayotage) vis à vis des révolutionnaires.

Pierre Jean François Seillier meurt en 1824, à 72 ans,après avoir traversé l’Ancien Régime, la Révolution, l’Empire et la Restauration. Né sous le regard du curé, devenu père sous l’œil de la République, il s’éteint dans une France redevenue monarchique. Une vie ordinaire, mais prise dans un siècle qui ne l’a pas été. Il a eu près de 40 ans de vie commune avec son épouse, ce n'est pas rarissime mais ce n'est pas souvent non plus.

Jean Pierre François : Né en 1784 et mort en 1862

A la mort de son père Jean-Pierre François lui survivra.

La France jusqu'en 1862 : d’un Empire qui vacille à un pays qui se transforme

En 1813, l’Empire napoléonien tient encore debout, mais il est déjà fissuré. Après la débâcle de Russie, la France est épuisée par les guerres, les levées d’hommes et les réquisitions. Les mariages se font dans un climat d’inquiétude : on fonde un foyer pendant que l’avenir politique est incertain. En 1814–1815, l’Empire s’effondre, Napoléon abdique, revient brièvement, puis c’est la chute définitive. La Restauration remet les Bourbons sur le trône. Le pays tente de revenir à l’ordre ancien, mais l’ancien monde ne reprend jamais vraiment sa place.

Les décennies suivantes sont une succession de régimes et de secousses : Monarchie de Juillet (1830), puis Révolution de 1848, qui balaie le roi et installe la Deuxième République. Enfin, en 1852, Napoléon III fonde le Second Empire. Pour les gens du peuple, ce sont surtout des changements de têtes et de drapeaux : la vraie transformation est ailleurs, plus lente mais plus profonde. La France s’industrialise, les routes s’améliorent, le rail arrive, l’administration se renforce. Le pays devient plus organisé, plus surveillé aussi.

Le Boulonnais dans ce demi-siècle

Dans le Boulonnais, la pression militaire permanente de l’époque napoléonienne s’apaise après 1815. La côte reste stratégique, mais la région retrouve un souffle plus économique que guerrier. Les ports vivent du commerce et de la pêche, les métiers d’artisan et de transport continuent d’irriguer l’arrière-pays. Au fil du XIXᵉ siècle, Boulogne se modernise, les circulations augmentent, et la région s’insère davantage dans les échanges nationaux. Le Boulonnais passe d’un territoire en alerte quasi permanente à un espace de travail et d’échanges plus stables, même si la mer rappelle toujours sa rudesse.

La vie ordinaire au milieu des régimes qui changent

Entre 1813 et 1862, on traverse quatre régimes sans jamais quitter son village. Les hommes et les femmes ne refont pas le monde : ils s’y adaptent. On se marie sous l’Empire, on élève ses enfants sous les rois, on vieillit sous l’Empire de Napoléon III. Les papiers changent de formule, les mairies changent de portrait au mur, mais la vie continue : travailler, nourrir les siens, enterrer les anciens. C’est la grande leçon de ces parcours : les régimes passent, les familles restent.

Jean Pierre François se marie à 29 ans avec Marie Cecile Pouilly le 22 septembre 1813.

L’an mil huit cent treize le vingt deux du mois
de septembre, à cinq heures du soir, devant nous
[prénom] Lamy, maire de la commune de Marquise,
canton de Marquise, arrondissement de Boulogne,
ont comparu en la maison commune pour contracter mariage

D’une part, Pierre Jean François Seillier, compagnon, paveur âgé de vingt-neuf ans, dix mois et vingt deux jours, ainsi, qu'il est constaté par son acte de naissance en date du trente octobre mille sept cent quatre vingt quatre extrait du registre de la dite commune de Marquise domicilié au dit Marquise, fils majeur de Pierre Jean François Seillier, paveur et  Marie Catherine Augustine Paque, mariés demeurant au dit Marquise, ici prêteur et consentant au mariage

D’autre part, Marie Marguerite Cécile Pouilly, âgée de vingt-deux ans, dix mois ainsi qu'il est constaté par son acte de naissance en date du vingt deux du mosi de novembre Mille sept cent quatre vingt onze extrait de la dite commune de Marquise …..

A noter que le père a comme métier Paveur et le fils Compagnon Paveur

Paveur, c’est un vrai métier de force et de savoir-faire : poser des pavés, aménager rues, chemins, cours, places. Dans une ville comme Marquise et dans le Boulonnais, avec routes, ports, chantiers, c’est un métier utile en permanence.

Compagnon paveur, ça veut dire que le fils n’est plus apprenti, mais pas encore maître. Il est en tournée, en formation, il travaille sur les chantiers, parfois loin du village. C’est le stade de l’ouvrier qualifié qui apprend encore son métier “sur le terrain”.

Jean,Pierre, François et Marie Cécile eurent au moins 5 enfants, Marie Marguerite, Marie Françoise, Marie Genevieve, Pierre Louis Marie, Marie Anne Thérèse.  

Jean, Pierre, François décéda le 14 juillet 1862, sous les feux d'artifice, à l'âge honorable pour l'époque de 77 ans. Sur son acet de décès le métier indiqué est paveur.

Pierre Louis Marie : Né en 1822 et mort en 1901

A l’aube du XXᵉ siècle, le monde change plus vite qu’aucune génération ne l’avait connu. En moins de quarante ans, l’Europe se redessine, la France se relève d’une défaite humiliante et le littoral  bascule d’un univers de journaliers enracinés vers une société maritime et industrielle en pleine transformation.

Un monde en expansion et en tension :

En 1862, l’Europe domine le globe. L’Empire britannique contrôle les routes maritimes ; la France de Napoléon III poursuit ses ambitions coloniales. Mais déjà, les équilibres se déplacent :

Dans le même temps, la seconde révolution industrielle transforme les rythmes de vie : acier, électricité, télégraphe, téléphone. Les distances se raccourcissent. Le temps s’accélère.

Pour les populations du littoral de la Manche, cela signifie une intensification des échanges, un trafic maritime accru, une ouverture croissante vers l’Angleterre.

La France : du traumatisme à la République :

1870 : la rupture

La défaite contre la Prusse provoque la chute du Second Empire. La perte de l’Alsace-Lorraine marque profondément les consciences.

Pour les familles rurales du Pas-de-Calais, cette guerre signifie mobilisation, incertitude économique, hausse des impôts.

1875–1900 : la Troisième République s’installe

La République consolide ses institutions et transforme la société :

L’Affaire Dreyfus (1894–1898) fracture le pays, opposant républicains laïcs et conservateurs catholiques — tensions perceptibles jusque dans les petites communes.

Le Boulonnais et le Calaisis : entre mer et modernité

⚓ Boulogne-sur-Mer, capitale halieutique

À la fin du XIXᵉ siècle, Boulogne devient le premier port de pêche français. Hareng, maquereau, puis pêche hauturière structurent l’économie régionale.

Les conserveries apparaissent. Le travail se spécialise. La mer n’est plus seulement subsistance : elle devient industrie.

Calais, carrefour transmanche

Le trafic avec l’Angleterre s’intensifie. Le port se modernise. La dentelle mécanique fait de Calais un centre industriel majeur.

Voici en 1822, son acte de naissance :

A noter que le métier du père est « Extracteur de pierre » et que sa signature est claire. Cela suggère un certain savoir-faire et peut expliquer une stabilité professionnelle supérieure à celle d’un manouvrier ou d'un journalier.

Les signatures des mariés sont claires, Pierre est « Tailleur de Pierre » et son épouse couturière

Ils ont eu au moins 7 enfants : Pierre Auguste (1846-), Elisa Rosalie (1847-), Emile Joseph (1850-1895), Julien Auguste (1854-), Marie Elisa (1856-), Charles (1860-) et Eugène Henri (1865-1908).

Pierre mourut à l'âge respectable de 79 ans, alors qu'il était veuf depuis 20 ans.

Voici son acte de décès :

A noter un élément intéressant il est indiqué qu'il habitait rue de la fontaine, rue qui existe toujours à Marquise.

Avant de passer à notre ascendant direct, regardons un autre de ses fils, Emile Joseph qui participa à la guerre de 1870, voici sa fiche matricule

On lit : Un visage ovale, une bouche moyenne, un front découvert, des sourcils châtains, des yeux gris, un nez ordinaire, un menton rond, 1m59 (il me semble) et un métier de Tailleur de pierres.  

Il survécu à la guerre mais mourut à 45 ans en 1895.

Générée par IA suivant la fiche

Eugène Henri : Né en 1865 et mort en 1908

Un monde à l’apogée de la « Belle Époque » :

Au tout début du XXᵉ siècle, le monde occidental vit une période d’optimisme apparent. Les grandes puissances européennes dominent la planète par leurs empires coloniaux. L’industrie progresse rapidement : électricité, tramways, automobile naissante, télégraphe et presse de masse transforment les rythmes de vie.

Mais derrière cette prospérité, les tensions montent : rivalités navales entre l’Allemagne et le Royaume-Uni, crises marocaines (1905), montée des nationalismes en Europe centrale. La paix semble solide ; elle est en réalité fragile.

La France : République affirmée et société transformée :

La Troisième République est désormais solidement installée. Après l’Affaire Dreyfus (1894-1906), la France sort profondément divisée mais institutionnellement renforcée.

Quelques jalons majeurs :

La société évolue : alphabétisation généralisée, presse influente, syndicats actifs, débuts d’une conscience sociale plus structurée.

Le Boulonnais et le Calaisis : mer, pierre et industrie :

Dans le Boulonnais, le tournant du siècle est actif :

Les chemins de fer relient solidement le territoire à Paris et au Nord industriel. La population reste majoritairement artisanale ou ouvrière, mais mieux instruite qu’une génération plus tôt.

Les carrières de Marquise à la Belle Époque :

Au tournant du XXᵉ siècle, Marquise ne connaît pas un passage brutal de la « pierre » au « marbre », mais une évolution progressive de son exploitation. Le bassin carrier du Boulonnais travaille depuis longtemps des calcaires durs et des pierres polissables que l’on appelle couramment « marbres », sans qu’il s’agisse toujours de marbre au sens géologique strict.

Ce qui change vers 1880–1910, c’est moins la nature de la roche que la manière de l’extraire et de la transformer. La mécanisation progresse : scies plus performantes, treuils améliorés, organisation des ateliers. Le chemin de fer facilite l’expédition de blocs plus volumineux vers Paris, la Belgique ou l’Angleterre. La demande architecturale de la Belle Époque — façades ornées, édifices publics, monuments funéraires — favorise la pierre polie et la marbrerie décorative.

Ainsi, les tailleurs de pierre de Marquise ne changent pas de matière ; ils adaptent leur savoir-faire à un marché élargi et à des techniques modernisées. La tradition artisanale demeure, mais elle s’inscrit désormais dans une économie plus ouverte et plus ambitieuse.

Voici l'acte de naissance d'Eugène Henri :

Le père est bien Tailleur de pierre,

Notre Eugène s'est marié à l'âge de 18 ans ce qui n'est pas rare mais qui reste tôt.

Voici l'acte de mariage qui nous enseigne beaucoup d'éléments, notamment, sans doute, une migration profesionnelle de Marquise vers Saint-Pierre.

Un détour par Saint-Pierre : migration artisanale et essor urbain

La mention de Saint-Pierre dans l’acte de mariage de 1883 surprend d’abord : tout semblait ancrer le père, Pierre Louis Marie Seillier à Marquise, depuis sa naissance en 1822 jusqu’à son décès en 1901. Pourtant, entre ces deux bornes, un épisode migratoire apparaît clairement.

Cette mobilité n’a rien d’anormal ; elle s’inscrit au contraire dans le contexte économique des années 1870–1880. Saint-Pierre, alors faubourg en plein développement dans l’orbite de Calais, connaît une croissance rapide. L’essor du port, l’activité liée à la dentelle mécanique, l’urbanisation et la densification des quartiers ouvriers entraînent une forte demande en bâtiments : maisons, ateliers, équipements publics, aménagements portuaires.

Or, qui dit construction dit pierre.

Les tailleurs de pierre du bassin de Marquise ne travaillent pas uniquement au front de taille des carrières. Beaucoup suivent les chantiers, parfois pour plusieurs années. La distance entre Marquise et Saint-Pierre — une vingtaine de kilomètres — ne permet guère un va-et-vient quotidien au XIXᵉ siècle. La présence attestée de la famille à Saint-Pierre en 1881 (décès de l’épouse) puis en 1883 (domicile déclaré lors du mariage du fils) suggère une installation réelle, au moins temporaire.

On peut donc envisager une migration professionnelle stratégique : quitter provisoirement le cœur carrier pour rejoindre une zone urbaine en expansion, où la demande en main-d’œuvre qualifiée est forte. Ce mouvement n’est pas une rupture avec Marquise, mais une adaptation économique. La carrière fournit la matière ; la ville offre le chantier.

Le retour ultérieur à Marquise, avant le décès en 1901, confirme qu’il ne s’agit pas d’un déracinement définitif, mais d’un cycle : extraction, chantier, retour au pays.

Ainsi, la trajectoire de Pierre Louis Seillier reflète une réalité souvent sous-estimée : les artisans du Boulonnais, tout en demeurant profondément enracinés, savaient se déplacer lorsque l’économie l’exigeait. Leur mobilité était mesurée, pragmatique, et inscrite dans les dynamiques régionales du littoral à la fin du XIXᵉ siècle.

L'épouse de Pierre, la mère d'Eugène Henri donc, est décédée d'ailleurs à Saint-Pierre pendant cette période.

La trajectoire de vie de Pierre est la suivante :

1️⃣ Né à Marquise (1865) 2️⃣ Installé à Saint-Pierre avant 18 ans 3️⃣ Perd sa mère à 16 ans (1881) 4️⃣ Se marie à 18 ans (1883) 5️⃣ Devient père en décembre 1885 6️⃣ Incorporé en novembre 1886

Voici son livret militaire :

Signalement physique

Parcours militaire :


À travers une simple fiche matricule conservée aux Archives départementales du Pas-de-Calais , se dessine la trajectoire précise d’un jeune tailleur de pierre du Boulonnais devenu soldat de la République. Né en 1860, Eugène Henri Seillier appartient à cette génération qui n’a pas combattu en 1870 mais qui grandit dans l’ombre de la défaite et sous l’exigence du redressement national.


La profession qu’il exerce à son tour — tailleur de pierres — montre une continuité familiale remarquable. À Marquise, la pierre n’est pas seulement un matériau : elle est une culture. Carrières, ateliers, chantiers rythment la vie locale. Eugène appartient à cette tradition artisanale exigeante, mêlant force physique et précision du geste.

Son degré d’instruction est noté 2 : il sait lire et écrire. C’est le signe d’une génération charnière, bénéficiaire de l’alphabétisation croissante du XIXᵉsiècle.

Il appartient à cette jeunesse née sous le Second Empire mais appelée sous la République, dans une France encore marquée par la perte de l’Alsace-Lorraine.

Quatre années sous les drapeaux : instruction, manœuvres, discipline, vie de caserne. Pour un artisan de Marquise, c’est une parenthèse structurante.


Réserve et armée territoriale :

Comme la loi militaire le prévoit, son parcours ne s’arrête pas à la libération du service actif :

Il reste administrativement lié à l’institution militaire jusque dans les premières années du XXᵉ siècle.

Ce système, mis en place après 1871, vise à préparer une mobilisation générale rapide en cas de nouveau conflit. Eugène fait partie de cette armée de citoyens-soldats.

Hypothèse : Eugène part à l'armée en étant marié à Sophie Belin, domiciliée à Guînes avec qui il a déjà eu un fils. Pour ne pas laisser son père agé de 64 ans veuf seul à Saint-Pierre, ce dernier part vivre à Guînes avec la belle famille de son fils. Cela expliquerait pourquoi sur le livret militaire le père est aussi domicilié à Guînes. Il repartira néanmoins vivre à Marquise à la fin de sa vie.

Eugène, quant à lui, si on lit le livret est déclaré vivre à Calais en 1890 soit à la fin de ses années militaires, puis à Gravelines la même année et enfin à Guînes en 1896, il y mourra en 1908.

Synthèse Eugène Henri Seillier et Sophie Marie Belin :

Une vie de labeur et d’épreuves à Guînes (1883–1908)

Eugène Henri Seillier naît à Marquise le 24 juillet 1865, dans le pays des carrières. Fils de Pierre Louis Seillier, tailleur de pierre, il appartient à cette lignée d’artisans façonnés par la pierre du Boulonnais. Très jeune, il quitte Marquise pour le Calaisis. En octobre 1883, à seulement dix-huit ans, il épouse à Guînes Sophie Marie Belin, du même âge que lui, ouvrière en tulle et fille d’un cordonnier.

Le couple s’installe à Guînes, où Eugène exerce le métier de tailleur de pierre. Les adresses successives — rue du Temple, avenue du Parcage, avenue du Marais, puis rue Auguste Boulanger — témoignent d’une mobilité modeste mais réelle au sein de la petite ville. Sophie est parfois dite « ouvrière en tulle », parfois « cabaretière » : signe d’un foyer actif, où l’on cumule les ressources pour assurer la subsistance.

Entre 1893 et 1899 naissent plusieurs enfants. La joie des naissances est pourtant traversée par des épreuves répétées. Marie Eugénie, née le 15 mai 1893, meurt en août 1895 à l’âge de deux ans. En juin 1896, Sophie donne naissance à des jumeaux. L’un d’eux, Arthur François Auguste, s’éteint deux mois plus tard. En 1899 naît Maria Bernadette Albertine ; elle meurt en avril 1902, à presque trois ans. Ces pertes ne sont pas exceptionnelles pour l’époque, mais elles s’inscrivent dans la chair d’une famille, dans le silence des chambres et des veillées.

Eugène est encore désigné comme tailleur de pierre à la fin du siècle ; en 1902, il est dit maçon — évolution ou élargissement d’activité. En 1886, il avait accompli son service militaire, laissant déjà derrière lui un foyer jeune et un enfant en bas âge. Sa vie semble marquée par l’effort constant, entre chantier et responsabilités familiales.

Sophie meurt vers 1905, à l’âge de quarante ans, après avoir donné sept enfants :

Eugène Henri (1895-1948), Emile Charles (1888-1942), Marie Eugénie (1893-1895), Arthur François (1896-1896), Marius André (1896-1913), Maria Bernadette (1899-1902), Maurice Charles (1902-1954)

Eugène devient veuf à quarante ans. Trois années plus tard, le 19 mai 1908, il meurt à son tour à Guînes, rue Auguste Boulanger, à quarante-trois ans seulement. L’acte de décès porte la mention « sans profession », peut-être indice d’un affaiblissement ou d’une période difficile.

Leur histoire n’est ni exceptionnelle ni banale : elle est celle de tant de familles ouvrières de la fin du XIXᵉ siècle. Un mariage précoce, un travail manuel exigeant, des déménagements modestes, des enfants nombreux, des deuils précoces, puis une disparition prématurée. Entre les lignes des registres se devine une vie dense, laborieuse, fragile — et pourtant fondatrice.

De cette union éprouvée est issue une descendance. C’est peut-être là, au-delà des dates et des mentions administratives, que se mesure la continuité silencieuse de leur existence.

Eugène Henri Emile: Né en 1885 et mort en 1948

Le monde, 1900–1948 :

Au début du siècle, l’Europe vit encore sur l’assurance de la « Belle Époque » : empires coloniaux, progrès technique, commerce mondial. Mais la stabilité est trompeuse. Les rivalités industrielles et militaires s’exacerbent, et l’étincelle de 1914 embrase le continent : la Première Guerre mondiale inaugure la guerre de masse, mécanisée, totale. Les empires tombent, les frontières bougent, et la paix de 1919 laisse partout des rancœurs.

Les années 1920 portent une modernité vive (radio, automobile, cinéma), puis la crise de 1929 brise cet élan et alimente les radicalisations. Les régimes autoritaires s’installent, et le monde replonge en 1939 dans la Seconde Guerre mondiale, encore plus globale : bombardements, déportations, extermination. En 1945, la planète sort exsangue mais reconfigurée : les États-Unis et l’URSS dominent, l’ONU naît, et dès 1947–48, la guerre froide s’installe, tandis que l’Europe tente de se relever.

La France, 1900–1948 :

La IIIᵉ République s’affirme au début du siècle : école laïque, vie parlementaire, essor de la presse. Mais la société reste inégalitaire et traversée de tensions sociales. 1914–1918 bouleverse tout : mobilisation, deuil de masse, économie dirigée. Après la victoire, la France est victorieuse mais saignée ; les années 1920 reconstruisent et modernisent, puis la crise économique et politique des années 1930 fragilise le pays.

En 1940, l’effondrement militaire ouvre la période la plus sombre : Occupation, Vichy, Résistance, répression. À la Libération, la France rétablit ses institutions, règle ses comptes, et cherche un nouvel équilibre. 1946 marque la naissance de la IVᵉ République, et 1947–48 sont ceux de la reconstruction accélérée : rationnement encore présent, remise en marche des industries, premiers appuis américains (Plan Marshall), et début d’une nouvelle organisation européenne.

Le Calaisis, 1900–1948 :

Dans le Calaisis, ces décennies se lisent au ras du sol : ports, voies ferrées, industrie, frontières maritimes. Calais demeure une porte : vers l’Angleterre, vers les échanges, mais aussi vers les guerres.

1900–1914 : une région au travail

Le Calaisis vit du port, du trafic transmanche, et d’un tissu d’emplois ouvriers et artisanaux. La dentelle mécanique et les activités connexes structurent la vie urbaine ; les communes alentour vivent au rythme du commerce, des ateliers, des chantiers, des saisons.

1914–1918 : l’arrière tout près du front

Le Pas-de-Calais est un territoire stratégique. Le Calaisis, zone de passage et d’organisation, connaît contraintes, présence militaire, circulation de troupes, pression logistique. La guerre s’invite partout : économie sous tension, inquiétude quotidienne, et une mémoire durable des absents.

Années 1920–1930 : reprise, mais fragilité

On reconstruit, on répare, on relance. Mais la crise frappe l’emploi, et une partie des familles vit avec une inquiétude sourde : salaires irréguliers, logements modestes, santé fragile. Le littoral, tourné vers l’Angleterre, reste sensible au moindre choc commercial ou politique.

1940–1944 : la frontière devient forteresse

Le Calaisis, face au détroit, devient un enjeu militaire majeur. Occupation, contrôles, restrictions : la vie se rétrécit. Et comme souvent sur la côte, la guerre ne reste pas “loin” : elle est dans les ouvrages, les interdictions, les réquisitions, la surveillance, et dans les destructions. Les bombardements et combats de la libération laissent des traces physiques et humaines profondes.

1945–1948 : reconstruire, reprendre souffle

Après 1945, le Calaisis entre dans le temps ingrat de la reconstruction : bâtiments à relever, réseaux à réparer, familles à recomposer, pénuries à supporter. Mais c’est aussi le moment où l’horizon se rouvre : reprise du trafic, redémarrage des activités, et sentiment que la paix, enfin, peut durer — même si l’on pressent déjà une nouvelle tension mondiale.

Eugène Henri Emile, mon arrière grand-père est né en 1885 à Guînes. Voici son acte de naissance :

Le père est bien Tailleur de pierre et la mère ouvrière en tulle.

Il est le premier enfant et les années qui arrivent vont être bien difficiles pour lui.

A l'âge de 23 ans il aura vu mourir un frère et deux sœurs il est déjà orphelin.

En 1906, bien que pas encore marié, ils ont un premier enfant, il faudra attendre 1909 pour que Eugène Henri et Marie Sophie se marient et légitiment ce petit garçon qui sera mon grand-père.

1906–1909 : attendre pour se marier :

Lorsque Léon Émile naît, le 26 septembre 1906, il est déclaré « enfant naturel ». Son père, Eugène Henri Émile Seillier, a vingt et un ans. Sa mère, Marie Sophie Mouchon, vingt ans. Tous deux vivent à Guînes, dans un milieu ouvrier où l’on travaille tôt et où l’on s’établit comme on peut.

Pourquoi attendre trois ans avant de se marier ?

Il faut replacer ces années dans leur contexte. Eugène a grandi dans une famille éprouvée : plusieurs décès d’enfants, la maladie, puis la disparition de sa mère vers 1905. En mai 1908, il perd également son père. Entre 1906 et 1909, il devient donc orphelin. On imagine aisément combien cette période a pu être instable, matériellement et moralement.

À vingt et un ans, on ne possède pas toujours un logement indépendant, ni une situation professionnelle suffisamment assurée pour « faire son mariage ». Dans les milieux ouvriers du Calaisis, il n’est pas rare qu’un enfant précède l’union officielle. Le mariage vient ensuite, lorsque les conditions sont réunies : un travail plus stable, un foyer prêt à accueillir durablement la famille, une sécurité minimale.

Le 6 novembre 1909, Eugène et Marie Sophie se marient à Guînes. Par cet acte, Léon Émile est légitimé. Il devient pleinement fils de son père aux yeux de la loi et de l’état civil. Le délai n’efface rien ; il témoigne simplement du temps qu’il a fallu à deux jeunes adultes pour consolider leur existence.

Ces trois années ne disent pas une fuite ou un abandon. Elles racontent plutôt l’apprentissage difficile de la responsabilité dans un monde où l’on ne disposait ni de protection sociale, ni de marges financières confortables. Fonder un foyer, au début du XXᵉ siècle, demandait souvent patience, endurance et persévérance.

Ainsi commence la lignée directe : dans l’effort, dans l’attente, mais aussi dans la décision assumée de donner à l’enfant sa place et son nom.

Ils auront trois fils : Léon Emile (1906-1978), Georges Alfred (1908-1944), Eugène Henri (1910-1913)

Mobilisé en août 1914 :

Lorsque la mobilisation générale est décrétée le 4 août 1914, Eugène Henri Émile Seillier a vingt-huit ans. Il est marié depuis cinq ans, père de famille, installé désormais à Calais après avoir quitté Guînes. Son premier fils a huit ans. La vie s’est peu à peu stabilisée : un métier d’ouvrier mécanicien, un foyer constitué, une place dans la ville.

Tout bascule en quelques jours.

Rappelé à l’activité, il rejoint son corps dès le 7 août 1914. Comme des milliers d’hommes du Pas-de-Calais, il quitte femme et enfant dans une région qui, très vite, devient stratégique. Calais et son port prennent une importance capitale : base arrière britannique, point de transit des troupes et du matériel, ville sous tension constante. La guerre n’est pas loin ; elle est déjà là.

Affecté à l’artillerie puis à des sections de commis et ouvriers d’administration, Eugène n’est pas simple fantassin de première ligne. Son métier de mécanicien l’oriente vers les unités techniques et le génie. Il participe à la guerre industrielle : entretien du matériel, logistique, infrastructures. Une guerre moins visible que l’assaut des tranchées, mais indispensable.

Eugène à l'atelier militaire #IA

De août 1914 à mars 1919, il reste mobilisé. Même après l’armistice du 11 novembre 1918, il ne rentre pas immédiatement. Comme beaucoup, il attend la démobilisation officielle, qui n’intervient que le 20 mars 1919. Presque cinq années sous l’uniforme.

Pendant ce temps, à Calais, la famille vit au rythme des restrictions, des alertes, de la présence militaire permanente. Les enfants grandissent dans une atmosphère de guerre. Le père revient en 1919, décoré de la médaille interalliée de la Victoire et de la médaille commémorative française de la Grande Guerre — distinctions communes aux combattants, mais lourdes de signification : il a tenu.

Il rentre dans une France victorieuse mais meurtrie, dans un Calais marqué par l’effort de guerre, dans une société qui doit se reconstruire. Lui aussi devra se reconstruire : reprendre son métier, réhabiter son foyer, redevenir pleinement mari et père après ces longues années d’absence.

La lignée se poursuit ainsi : née dans la fragilité, éprouvée par la guerre, mais maintenue par la constance d’hommes et de femmes ordinaires qui ont traversé l’Histoire sans jamais cesser d’avancer.

Sur son livret militaire on lit ses différentes adresses :

Juste avant la guerre le malheur avait frappé de nouveau à la porte d'Eugène. Son troisième fils …..

Février 1913 — Un hiver de silence :

Le 16 février 1913, à onze heures du matin, rue Voltaire à Calais, s’éteint un enfant de deux ans et demi : Eugène Henri Maurice Seillier, né le 11 juillet 1910.

Il porte le prénom de son père. Peut-être un signe d’espérance, peut-être une manière d’inscrire la continuité après les deuils anciens. Il est le troisième fils du couple. Le premier, Léon Émile, a six ans, son frère Georges Alfred en a à peine 5.

L’acte est bref, administratif, sans emphase. Il dit simplement la mort. Le père, Eugène Henri Émile Seillier, désormais mentionné comme manouvrier, se présente pour déclarer le décès de son propre enfant. À ses côtés, un voisin chauffeur signe comme témoin. La mère, Marie Sophie Mouchon, est dite ménagère.

Rien dans ces lignes n’exprime la douleur. Mais elle est là, en creux.

Depuis son enfance, Eugène connaît la fragilité des existences : frères et sœurs disparus, mère décédée, père emporté avant ses vingt-trois ans. Il s’est marié, a fondé un foyer, a tenté d’ancrer sa vie à Calais. Et voilà qu’à son tour il doit accompagner un petit cercueil.

Nous sommes en 1913. La guerre approche sans encore se nommer. La famille ignore qu’un an plus tard, le père sera mobilisé pour cinq longues années.

Ce décès survient dans une période de transition : le métier oscille, les adresses changent, la stabilité demeure précaire. Pourtant, malgré les coups répétés du sort, le foyer tient. Léon grandit. La vie continue.

Dans ces familles ouvrières du début du XXᵉ siècle, la mort d’un enfant n’est pas exceptionnelle statistiquement. Mais elle n’est jamais ordinaire humainement. Elle laisse une empreinte silencieuse, que l’état civil ne consigne pas.

Février 1913 n’est pas seulement une date. C’est un hiver où l’espérance s’est brièvement retirée, avant que l’Histoire ne frappe plus fort encore.

Janvier 1932 Le silence après les années de lutte :

Les années vingt avaient semblé rendre à la famille un peu de calme. La guerre était finie. Les enfants grandissaient. Le travail, sans être prospère, assurait la subsistance. Calais se reconstruisait.

Mais le 8 janvier 1932, à trois heures et demie du matin, rue Malherbe, Marie Sophie Mouchon s’éteint à quarante-cinq ans.

Elle avait connu la jeunesse ouvrière, la naissance hors mariage de son premier fils, le mariage tardif, la perte d’un enfant, les années d’absence pendant la guerre, les privations, les déménagements successifs. Elle avait tenu le foyer pendant que son mari servait sous l’uniforme.

Sa disparition ne fait pas grand bruit dans les registres. L’acte est signé par un employé des pompes funèbres. Le mari n’apparaît pas comme déclarant. Peut-être l’émotion, peut-être les usages.

Pour Eugène, c’est une nouvelle fracture. À quarante-six ans, il se retrouve veuf, comme son propre père l’avait été un temps. La vie qu’il avait patiemment reconstruite se fissure de nouveau.

Et pourtant, la lignée ne s’interrompt pas. Les enfants sont là. La mémoire se poursuit.

Avril 1933 — La vie insiste :

À quarante-sept ans, veuf depuis quinze mois, Eugène Henri Émile Seillier se présente devant le maire de Calais pour un second mariage. Il épouse Marie Louise Émilie Tettart, vingt-huit ans.

L’écart d’âge — dix-neuf ans — pourrait faire sourire. On pourrait dire qu’après tant d’épreuves, il s’offre une jeunesse nouvelle. Mais derrière l’humour affleure une réalité plus simple : un homme seul, une maison à faire vivre, des habitudes à reconstruire.

Dans le Calais des années trente, un remariage est aussi une décision pratique. On ne traverse pas les décennies en solitaire sans y laisser des forces. Eugène choisit de ne pas finir sa vie seul.

Après les deuils, la guerre, la perte d’un enfant et celle de son épouse, il ne se replie pas. Il recommence.

La vie, obstinément, continue.

Le métier d'Eugène est marchand de copeaux, sans doute de bois.

Les copeaux étaient utilisés pour :

C’était un commerce modeste, mais utile.

Rue de Maubeuge , la maison qui relie les générations :

En 1933, Eugène s’installe au 19 rue de Maubeuge, à Calais. À l’époque, ce n’est qu’une adresse parmi d’autres. Une ligne d’état civil.

Mais pour les générations suivantes, cette maison deviendra un point fixe.

C’est là que naîtra son petit-fils, mon père. C’est là que l’on ira déjeuner quelquefois le dimanche. C’est là que résonneront les machines à bois et l’odeur des copeaux.

Le grand-père y fabriquera ses meubles, menuisier appliqué, entouré de sciure et d’outils. Le bois, matière vivante, remplacera la pierre des ancêtres. Les copeaux que vendait Eugène prendront un autre sens : non plus simple marchandise, mais trace du travail, poussière du geste transmis.

Ainsi, derrière les mots modestes d’un acte de mariage — « marchand de copeaux » — se cache peut-être une continuité silencieuse. Une maison. Un atelier. Une lignée d’hommes de matière et de main.

Et l’enfant qui venait y manger le dimanche ne savait pas encore qu’il marchait sur les pas de plusieurs générations.

En 1936 dans le recensement de Calais (Quartier des hautes-communes) au 19 rue Maubeuge on lit :

Seillier Eugène   Chef   Marchand de copeaux

Téttart Marie      Epouse

Téttart Marcel      Beau-fils (né en 1932 d'un précédent mariage de Marie sans doute)

Mais en 1946 dans le recensement de Calais (Quartier Nouvelle France) au 19 rue Maubeuge on lit :

Seillier Eugène   Chef   Scieur

Téttart Marcel      Ami

Et pour cause en 1942 un courrier du tribunal de Boulogne indique à Eugène qu'on a retrouvé la mère à la prison de Loos, qu'elle a refusé de se présenter face à la justice et qu'en conséquence le divorce était acté en faveur d'Eugène.

Eugène décèdera peu après en 1948

Marie Téttart décèdera le 4 novembre 1972 à Calais.

Marcel Téttart, quant à lui mourra le 20 août 1993 à Calais

Aparte sur le frère d'Eugène : Emile, Charles,Henri (1888-1942)

Il a créé une entreprise de moulures pour bâtiments qui éditait son propre catalogue :

Les locaux étaient situés dans deux rues proches Rue Martyn et rue Pearson. A cet emplacement aujourd'hui il subsiste deux bâtiments :

Emile est mort en 1942 mais sa deuxième épouse Germaine, Eugénie Pagnère repris l'entreprise au moins jusqu'en 1965, mon grand-père y fêta sa retraite.

Léon Emile: Né en 1906 et mort en 1978

Le monde (1948–1978) : la planète sous tension :

Le décor général : la Guerre froide.

En parallèle :

En clair : un monde techniquement moderne, moralement tendu.

La France (1948–1978) : on reconstruit, puis on bouscule :

1948–1958 : on rebâtit le pays

1958–1969 : De Gaulle et l’État fort

1968 : ça secoue

Années 70 : on vit mieux… puis le coup de frein

En clair : on passe de la survie à un certain confort, puis à l’inquiétude pour l’avenir.

Le Calaisis (1948–1978) : bosser dur, tenir bon :

Après-guerre :

Économie locale :

Vie quotidienne :

Années 70 : premiers nuages

En clair : une région courageuse, qui ne se raconte pas, mais qui tient.

Acte de naissance  de Léon :

Naissance et reconnaissance :

Il naît en 1906 à Guînes, dans une famille modeste du Pas-de-Calais. Sa mère l’élève d’abord seule. À l’époque, on ne parle pas beaucoup de ces choses-là : on fait, on tient, on avance.

Trois ans plus tard, ses parents se marient. Par ce mariage, son père le reconnaît officiellement et lui donne son nom. Ce n’est pas un geste spectaculaire, mais c’est un geste important : il met de l’ordre dans la famille, donne une place claire à l’enfant, et le protège socialement dans un monde où les règles sont dures pour ceux qui sont “hors cadre”.

Pourquoi cette reconnaissance a-t-elle été tardive ? On ne le sait pas avec certitude. À l’époque, cela pouvait venir de choses simples et très concrètes : un travail instable, une situation matérielle trop fragile pour fonder un foyer, ou la nécessité d’attendre “le bon moment” pour se marier.

Rien de romanesque. Juste une famille populaire qui fait comme elle peut, et un père qui finit par assumer sa place quand les conditions le permettent.

Le même père partira bientôt pour la grande guerre pendant cinq longues années, laissant Léon grandir dans son ombre.

Dans les années 1925, son père qui avait connu la guerre de 14–18 n’en parlait presque jamais. Le fils s’engage pourtant dans l’armée, non par goût de la guerre, mais sans doute pour trouver sa place, voir du pays, et suivre à sa manière une idée du devoir. La guerre, la vraie, le rattrapera plus tard — sans lui demander son avis.

Il est muté à Gray en Haute-Saône au 5ème régiment de dragons au quartier Grenier

Le quartier Grenier :

La vie à la garnison (Gray, années 1926–1928)

À Gray, la vie de garnison est réglée comme une horloge. Réveil tôt, chambrées à ranger, chevaux à panser, cuir à briquer. Ce n’est pas l’aventure des romans : c’est la routine, le froid l’hiver, la poussière l’été, et l’apprentissage de la discipline.

On y apprend à tenir : tenir son cheval, tenir son paquetage, tenir sa place parmi les autres. On marche, on monte, on recommence. Les jours se ressemblent, et c’est justement ça qui forme les hommes.

Il y a aussi les petites échappées : les permissions en ville, un café, un bal, quelques heures où l’uniforme pèse moins lourd et où la vie reprend des couleurs. C’est là, entre deux corvées et deux exercices, que se nouent les rencontres, et que l’on commence parfois une autre vie.

La garnison n’est pas un rêve. Mais elle donne un cadre, un rythme, et pour un jeune homme venu du Nord, elle offre surtout une première façon de se tenir droit dans le monde.

C'est pendant cette période qu'il rencontre sa future femme, ma grand-mère. Ils se marient le

31 mars 1928 à Gray.

Sur son acte de mariage, il est noté “cavalier au 5e dragons”. Ce n’est pas une formule : à cette époque, cela signifie qu’il montait réellement à cheval et faisait partie de la cavalerie du régiment.

Ses parents ne sont pas présents au mariage : trop loin, trop de travail, trop compliqué. À l’époque, on soutient souvent de loin. L’important, c’est que la vie se mette en ordre.

Dans les témoins il y a un copain de régiment de Léon qui s'appelle Othon, Chrétien Weniger qui a épousé ou épousera Jeanne Chapet, la sœur de Louise.

En 1928 quand la caserne ferme et que le régiment est dissous tout le monde migre à Calais.

Le 19 janvier 1929 Léon et Louise ont leur unique enfant Jean.

Le temps de la guerre :

Léon est de nouveau mobilisé au régiment du 1er train hippomobile : Les véhicules tirés par les chevaux.

⚔️Le paradoxe cruel de 1940

Résultat : Quand ça a craqué, ça a craqué très vite. Les convois à chevaux ne peuvent pas suivre une guerre éclair. Ils se retrouvent coincés, encerclés, capturés. Dunkerque, c’est exactement ça : un gigantesque entonnoir où des unités entières, modernes ou pas, se font piéger.

Le Stalag I B (on écrit aussi Stalag 1B ou Stalag IB) est l’un des grands camps de prisonniers de guerre allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est là que Léon a passé l’essentiel de sa captivité. Voilà l’essentiel, sans dramatiser mais sans édulcorer non plus.

Où c’était ?

Qui y était interné ?

Les conditions de vie (en clair)

Passer par le Stalag I B, c’est :

La fin du Stalag I B

Léon qui avait laissé un fils de 10 ans, retrouve maintenant un jeune homme de 15 ans.

Calais est rasé et l'immense travail de reconstruction mobilise tous les métiers.

Dans le recensement de 1946 à Calais on retrouve Léon en tant que scieur, Jean (17 ans) manoeuvre, et Jacques (dit Jacky) Menuisier.

En 1948, le père de Léon disparaît et les deux frères de Léon étant morts, Eugène en 1913 et Georges en 1944, il se retrouve héritier de la maison du 19 rue Maubeuge où tout le monde emmenage.

Léon et Louise

Jean
Jean et son père Léon

Puis Jean épousera Micheline mais ça , c'est une autre histoire ….

À celles et ceux qui ont tenu sans bruit.

À nos anciens, qui ont traversé les guerres, le travail dur, les départs et les retours, souvent sans laisser d’autre trace que quelques papiers.

Ce livre est pour eux, et pour ceux qui viennent après, afin que le fil ne se rompe pas.

Philippe